TECHNO(2)TOPIÆ

Je suis revenu récemment sur mes explorations littéraires numériques des deux (ou trois) dernières décennies . Voici maintenant le fruit (mur?) de mes deux dernières années de recherche-création autour de la biosonification, une forme d’arts numériques et (bio)technologiques intégrant des biosignaux végétaux et fongiques.

Biosonifica-quoi?

Projet d’écologie sonore où les arts électroniques deviennent un outil de médiation culturelle et scientifique, TECHNO(2)TOPIÆ propose d’enregistrer l’activité électrique de plantes et de champignons à l’aide de biocapteurs pour la traduire en signal audionumérique, puis de travailler avec des matières végétales et fongiques vivantes pour traiter et (ré)interpréter en temps réel des signaux synthétisés à travers des contrôleurs numériques.

Alliant arts médiatiques et technologiques, la démarche s’inscrit dans un cycle de recherche-création géopoétique autour du territoire et de la mémoire des lieux. Plus précisément, je m’intéresse ici aux paysages sonores et aux artéfacts, physiques ou virtuels, qui marquent le passage de la vie – et de la mort – dans nos environnements postmodernes.

Écologie sonore in situ. Vue d’une séance d’écoute publique in situ dans le cadre d’une activité d’éducation relative à l’environnement sur les mini-forêts dans un parc à Montréal. (Photo : Anaïs Gueriaud, les AmiEs du parc des Gorilles, 2026)

De la sympoïèse à la synthèse

Inspiré des travaux de Donna Haraway sur la sympoïèse (Staying with the Trouble: Making Kin in the Chthulucene, 2016), le projet croise les perspectives de Merlin Sheldrake (Entangled Life, 2020), Zoë Schlanger (The Light Eaters, 2024) et Robin Wall Kimmerer (Gathering Moss, 2003; Braiding Sweetgrass, 2013) pour élargir nos conceptions de la conscience, de l’ingéniosité et de la créativité non-humaine. Le projet s’appuie également sur la recherche de scientifiques d’avant-garde comme Monica Gagliano, Adam Adamatzky et Suzanne Simard, qui s’intéressent respectivement à la cognition végétale, à l’informatique fongique et aux flux de matière et d’énergie circulant entre les individus et les espèces dans les écosystèmes forestiers à travers le réseau mycorhizien.

Sur le plan artistique, ma proposition s’inscrit en contrepoint à plusieurs œuvres récentes en arts technologiques et audiovisuels au Québec : de « Second souffle » (Alexandre Burton et Mélanie Crespin, 2023) à « Fossiles sonores » (Sandra Volny, 2023) en passant par « Les arbres communiquent entre eux à 220 hertz » (Nelly-Ève Rajotte, 2024) et « Coexistences – Les embranchements fructueux » (Natacha Clitandre et Salima Punjani, 2025).

Entre fabulation spéculative et ethnographie écocritique, l’installation se présente comme une utopie post-industrielle, où les échanges végétaux et fongiques, habituellement inaudibles et invisibles, deviennent perceptibles. L’agentivité, autrement insondable, des plantes et des champignons se manifeste par des signaux sonores et lumineux. Témoin d’interactions interspécifiques médiatisées par la technologie, l’humain est invité à reconsidérer sa place dans cet écosystème contrôlé – et à réfléchir aux impacts de l’activité humaine sur la biosphère.

Plus d’information sur le projet en développement : https://canva.link/04vwhdw8o99zsl2