Kilomètres cubes

I.

une volée d’outardes au matin
dans le bleu ciel de septembre
le soleil rasant caresse
les mousses et les lichens

bienvenue dans la boréalité
un laboratoire de recherche
création vivante
pour exprimer le territoire
en dialogue en 3D
au kilomètre cube

Une Petite colonne sans fin (Scrolling sans fin, Ann Karine Bourdeau Leduc, TOPO – Centre de création numérique, 2026) prend l’air à Kilomètre cube. L’abstraction de Brancusi pousse toujours plus haut, plus loin.

le sentiment de la nature en question
pour déconstruire l’anthropocène
rebâtir une écologie des arts
concevoir une pensée systémique
positivement au-delà
du naturalisme cartésien
d’un monde désenchanté
par l’homme (avec un petit h)
qui a domestiqué le feu la terre
par la science la technique
la religion instituée
dans la langue séparée
de la faune la flore
d’une région réduite
en ressource à exploiter
maintenant nos alliances
de luttes à refaire

Forêt littéraire, sentier littéral, au sens propre, des mousses et des lichens.

II.

atelier sur le cran
sans écran pour cadrer
dans un écrin de chanvre

ici une nature morte-vivante
portrait en mode pays sage
des bryophytes dans un chablis

là une forêt de légende
c’est le chaos des Korrigans
en miniature

plus bas une vue en plongée
sur les petites baies
au pied des pins gris
le noisetier pousse
silencieux

*

Le crissement de mes pas sur la pierre se mêle aux rires et aux voix, au bruissement des trembles au vent, au bourdonnement des insectes, aux piaillements des oiseaux. Les jeux d’ombre et de lumière font jaillir les couleurs, les textures. L’automne se tapisse d’aiguilles sur le sentier balisé de poèmes.

III.

habiter le monde vivant
vivre dans un monde habitable
à la recherche d’un modus vivendi

de toute urgence
négocier la cohabitation
la communauté à réinventer
pour redécouvrir nos sensibilités
vivaces retracer les pistes
de nos sens réaffiliés aux égards
dûs au jeu des altérités
ajustés aux relations
d’une diplomatie interspécifique
inscrite dans le paysage
la trame tissée des liens
à même l’horizon
des réciprocités

*

hors des sentiers battus
les chemins se tracent en marchant
là où les signes se lisent
dans un livre ouvert
au sol

IV.

Le fond de la question, dans le fond du bois.

et voici
l’orée de l’inexploré

au ras du sous-bois
à l’échelle des fougères
des voies nouvelles s’ouvrent
sur des possibles révisités
des usages indéterminables

en quête de méthodes
d’enquête sur le vivant
qui nous contient hors de nous
les cosmogonies
les morales profanes et sacrées
les politiques

oui la marche sera longue
non on n’est pas sorti·e·s du bois
mais le vent se lève avec nous
et les premiers seront les derniers
au moment de rebrousser chemin

*

à l’entrée du marécage
je ne sais plus
où je suis
je sais qui
je suis

V.

après la pluie le bon temps
pour marcher en silence
écouter la forêt qui parle
le cliquetis du goutte à goutte

l’odeur âcre du pétrichor
un voile de géosmine flotte
dans la moiteur de l’air
le signal passe

*

Je cherche un champignon, mais pas n’importe lequel. Celui qui veut bien échanger avec moi et ma machine. Ironiquement, la machine refuse de collaborer, me laissant sans interface, sans connexion; sans interprète, sans traduction. J’échantillonne donc dans mon corps les images, les mots et les sons.

*

je ferai avec
ce poème
posé à l’envers du décor
en travers de la route
du retour qui m’attend sur la carte
qui s’étend devant moi

en deux dimensions
la distance se calcule en heures
le temps se fractionne
en vitesse les kilomètres
au point à la ligne
redeviennent carrés

Formation vivante. J’ai trouvé le REPAIRE, merci!