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Du journalisme hyperlocal contre le «projet global»

Une épopée se déroule à la base. Tâtonnant pour se libérer du «projet global» qu’on veut leur imposer, des mouvements sociaux font oeuvre de pionniers. Pour dépasser prémisses et promesse de la modernité, des hommes et des femmes ordinaires réinventent des cadre intellectuels et institutionnels, voire en inventent de nouveaux, en évitant les pièges des conflits de pouvoir. Ils apprennent les uns des autres comment questionner la nature et les fondements mêmes du pouvoir moderne, à la fois dans ses substrats intellectuels et dans ses appareils. Prenant explicitement leurs distances vis-à-vis des idéologies dominantes, ces mouvements et ces initiatives de la base n’ont pas encore de nom pour leurs diverses actions. Aucun discours existant de domination ou de dissension n’arrive à appréhender le contenu et la portée de l’ensemble des efforts divers qui tentent de résister au “projet golbal” et à s’en libérer.

Post-modernisme des gens de la base, Revue INTERculture n° 131

C’est sur cette citation que s’ouvre la deuxième édition de MAIS, l’émission en immersion dans l’univers de Vichama teatro, dont le fichier est arrivé 5 minutes trop tard pour entrer en ondes jeudi midi à CISM. Ça m’apprendra que, bien que l’Internet me permette de communiquer en temps réel avec les quatre coins du monde, il me faut quand même prévoir le temps pour transférer mon fichier d’émission de Villa El Salvador jusqu’à Montréal.

C’est dommage, parce que j’avais notamment réalisé une entrevue avec mon collègue Nicolas Falcimaigne, du journal Ensemble, qui se trouvait cette semaine à Kujuuaq dans le cadre de la tournée de consultation sur le journalisme indépendant réalisée en vue des États généraux du journalisme indépendant. J’y reviendrai certainement à mon retour au Québec.

Plus près du sujet principal de mon reportage en cours, soit le 30e anniversaire de Vichama teatro, voici un extrait de l’émission à venir la semaine prochaine :

On entendra aussi un entretien que j’ai réalisé avec des enfants communicateurs et communicatrices de Vichama, un groupe de jeunes qui travaille à la défense des droits des enfants par la promotion du «buen trato», un concept qui pourrait se traduire par le néologisme «bonne traitance» qui exprime l’idée contraire de la maltraitance.

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Un processus en développement

Voilà maintenant près de deux semaines que s’est entamée cette aventure de journalisme en développement. À l’approche de la semaine du 30e anniversaire de Vichama, les choses se bousculent un peu. Mes objectifs et ma démarche évoluent également pour s’adapter à la réalité du terrain.

Voici déjà quelques images pour vous donner une idée de ce à quoi peut ressembler le terrain en question :

 

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Villa El Salvador, a set on Flickr.

Ce sont des vues prises depuis le toit du théâtre, car je n’ai jusqu’ici pas eu l’occasion de sortir prendre des images à l’extérieur. On m’a déconseillé de me balader avec mon équipement dans les rues de Villa, où une caméra professionnelle (dans les mains du gringo que je suis) ne passerait pas inaperçue. En début de semaine, je devrais me rendre dans un collège pour interviewer un professeur qui participera avec ses élèves aux célébrations du 30e anniversaire de Vichama. Ce sera l’occasion de filmer un peu hors les murs du théâtre.

Défis du journalisme communautaire et interculturel

Il n’est pas évident pour le journaliste communautaire que je suis de trouver ma place au sein de cette communauté à laquelle j’appartiens, de loin, depuis des années. En réalité, je n’ai été ici que durant trois semaines en 2005. Ce n’est pas une mince affaire de débarquer, huit ans plus tard, avec tout mon équipement de production multimédia à la veille d’un événement d’envergure internationale.

Mon principal défi est de trouver une façon de raconter sans complaisance cette histoire dans laquelle je suis impliqué personnellement. Il me semble un peu difficile de concilier mon implication, en tant que documentariste, à l’expérience de célébration des 30 ans de Vichama avec la distance critique qu’exige la démarche journalistique. Le point de vue que je suis en mesure de proposer est définitivement un regard de l’intérieur, celui de la communauté sur elle-même en quelque sorte :

Étant hébergé au théâtre, je suis le témoin privilégié de ce qui se passe dans les coulisses de l’organisation du festival et, plus largement, de la vie collective de Vichama. La confiance et l’ouverture dont on me témoigne en me laissant le champ libre pour faire ce travail de reportage-documentaire m’engage à faire preuve d’une grande prudence et d’une certaine pudeur dans le traitement des images et des informations auxquelles j’ai accès.

Enfin, le caractère interculturel de l’expérience me pose également un double défi. D’une part, celui de travailler dans une langue étrangère, que je comprends mieux que je ne la parle. D’autre part, celui de raconter cette histoire à un auditoire qui en est culturellement éloigné. Je pense en particulier à celui de CISM à Montréal, car MAIS, l’émission est en quelque sorte le laboratoire dans lequel j’essaierai petit à petit d’élaborer une technique d’intercultural storytelling (un concept difficilement traduisible en français) pour mon projet documentaire en développement.