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L'escouade urbaine me détient «aux fins d'enquête» avec la fanfare au métro Place des Arts.

#MonSPVM, toujours là pour ma fanfare

Le 1er mai 2014, après avoir longuement débattu de notre participation à la manifestation anticapitaliste en tant que « fanfare anarchiste » (alias Ensemble Insurrection Chaotique), suite à l’expérience pour le moins déplaisante de l’année précédente, nous décidons de faire une action artistique en marge de la manifestation organisée par la Convergence de luttes anticapitalistes (CLAC) à Montréal.

Appel de la CLAC pour la manifestation anticapitaliste du 1er mai 201

Afin de minimiser le risque de se retrouver dans une souricière et tous les désagréments que cela implique, nous choisissons de faire une parade militante, un défilé contestataire jusqu’à la Place des Arts.

Célébrons la résistance!

La « fanfare anarchiste » lutte pour une société non-hiérarchique et libre de toute oppression.

Derrière la bannière « Célébration de la résistance dans la rue », nous prenons le trottoir du côté sud de la rue Sainte-Catherine pour y jouer de la musique et y distribuer des tracts de la CLAC en marchant vers l’ouest à partir de la rue Wolfe. Dans un excès de zèle, nous attendons même aux coins de rues que les feux passent au vert avant de traverser!

« Nous cherchons à nous réapproprier les espaces publics, tentons d’apporter plaisir et enthousiasme aux mouvements politiques et célébrons la résistance d’une manière qui reflète la vision du monde dans lequel nous souhaitons vivre. » (L’Ensemble de l’insurrection chaotique, extrait de l’énoncé de mission)

Afin d’éviter de passer devant le quartier général du SPVM, ce qui pourrait être interprété comme une provocation par les « forces de l’ordre » déjà sur un pied d’alerte et dont la tolérance et le bon sens (on le verra plus loin) ne sont pas les principales vertus, nous remontons la rue de Bullion jusqu’au boulevard de Maisonneuve.

En marchant (toujours sur le trottoir), une petite manifestation de quelques dizaines de personnes rattrape  la fanfare au coin de Saint-Dominique.  Afin de ne pas nous retrouver à la tête d’une manifestation spontanée, et en raison d’une position légèrement ambivalente quant la façon d’exprimer notre opposition au règlement P6, nous laissons passer le cortège dans la rue avant de continuer sagement notre route sur le trottoir.

La chasse à la fanfare

Tandis que nous nous engageons sur l’esplanade de la Place des Arts par l’étroit passage entre la nouvelle salle de l’OSM et la salle Wilfrid-Pelletier, nous constatons que la police se déploie à toute vitesse autour de ladite place.

N’ayant aucune envie de finir notre soirée dans une souricière, nous retraitons et nous nous engouffrons rapidement (pour une fanfare) dans le métro Place des Arts.

C’est là qu’un détachement d’une douzaine de policiers de l’Escouade urbaine nous pourchasse pour nous empêcher de quitter les lieux.

Pour la petite histoire, l’escouade urbaine, véritable « police des manifs » selon le Journal de Montréal, est l’héritière du mandat de profilage (trop ouvertement) politique du SPVM qu’assurait le Guet des activités des mouvements marginaux et anarchistes (GAMMA).

Alors que je m’apprête à acheter un billet pour passer le tourniquet, un agent s’interpose devant moi (et ma grosse caisse) et me lâche un laconique : « Ça s’arrête ici. »

Rapidement, ses collègues nous encerclent. Nous voilà, malgré toutes nos précautions et notre zèle piétonnier exemplaire, pris en souricière!

Le classique dialogue de sourd commence entre un joueur de grosse caisse (moi) et un policier habillé en tenue anti-émeute (ci-après nommé « Robocop ») :

– Est-ce qu’on a fait quelque chose d’illégal?

– Vous avez participé à une « manifestation illégale ».

Une femme, prise au piège avec nous, explique à Robocop qu’on a jamais entendu d’avis comme quoi il y avait une manifestation illégale dans les parages.

Quand on a vu tout ce déploiement policier on a cherché à quitter les lieux, exactement comme l’indiquait le communiqué du SPVM de la veille :

« Si vous n’avez pas entendu les premiers avis verbaux ni la sirène de police, et que vous voyez le groupe d’intervention (policiers munis d’un bouclier), quittez les lieux. Cela signifie que la manifestation est devenue illégale et que les policiers s’apprêtent à intervenir. »

Faisant preuve d’une logique parfaitement circulaire, un agent aurait répondu à la brave dame quelque chose comme ceci : « Madame, vous étiez en train de courir, c’est évident que vous saviez que vous aviez fait quelque chose d’illégal. »

Poussant l’ironie à son comble, trois agents vont jusqu’à rattraper un jeune homme sur le quai du métro pour le ramener de force dans la souricière où nous sommes retenus contre notre gré (et contre tout bon sens).

« Détention aux fins d’enquête »

Satisfait de sa rafle, notre Robocop annonce avec magnanimité : « On vous donnera pas de ticket, on va juste prendre votre identité pour vous enquêter. Après vous pourrez partir. »

Nous sommes donc en détention aux fins d’enquête, une pratique d’enquête criminelle qui ne fait l’objet d’aucun encadrement réglementaire ou législatif.

De l’avis de la Cour suprême (pourvoi R. c. Mann, R.C.S. 59, 2004 CSC 52), la détention aux fins d’enquête « soulève des questions fondamentales concernant le droit des citoyens de circuler dans les rues sans être dérangés par l’État, compte tenu toutefois du rôle nécessaire que joue la police dans les enquêtes criminelles » et met en jeu « l’équilibre délicat qui doit être établi pour protéger adéquatement les libertés individuelles et reconnaître comme il se doit des fonctions légitimes de la police ».

Le fait d’être soupçonné d’avoir participé à une « manifestation illégale » (en vertu d’un règlement municipal dont la constitutionnalité est contestée) constitue-t-il en soi un motif raisonnable de détenir sans mandat et sans accusations une fanfare et quelques personnes qui ont eu la mauvaise idée de la suivre? Pendant que la question (rhétorique) flotte dans l’air, une co-détenue « aux fins d’enquête » a la présence d’esprit de chercher à identifier les policiers qui nous empêchent de circuler.

Bon joueur, Robocop identifie les agents un à un, récitant leur numéros de matricule comme une formule gagnante de loto : 6219, 5030, 5618, 3891, 5854, 6454, 6417, 5886, 6373, 5989, 6251, 5993. Voulez-vous un petit extra avec ça? D’autres policiers arrivent, munis d’armes intermédiaires d’impact à projectile. Ils ne s’identifient pas. Ils se contentent de surveiller l’opération «d’enquête» qui consiste à noter nos noms et nos dates de naissance dans un calepin.

La police ayant fait son fier travail de répression et son édifiant ouvrage de profilage politique au service des intérêts immédiats d’un capitalisme en crise qui consume notre planète et qui consomme nos vies, nous somme « libres » : libres de nous soumettre à un système où la loi et l’ordre ont raison de la liberté et de la justice.

Après nous avoir empêché de circuler, voilà qu’on nous force à quitter les lieux!

C’est ainsi que fonctionne notre austère démocratie (néo)libérale : la légalité liberticide est avalisée par les trois pouvoirs et traitée comme un fait divers par le quatrième. Il ne nous reste donc que le cinquième pouvoir à prendre et à exercer!

*

Pour d’autres perspectives sur le 1er mai anticapitaliste et sa répression aveugle :

Moïse Marcoux-Chabot, Répression policière à Montréal, 1er mai 2014.

MAIS, l’émission, édition spéciale sur le 1er mai anticapitaliste de la CLAC :

MAIS, l’émission, entrevue avec Francis Dupuis-Déri sur la répression politique contre les mouvements anticapitalistes et anarchistes, partie 1  :

et partie 2 :

creadores

Vichama teatro: flor del desierto

“No olvides que son las raíces las que hacen nacer las flores”, dice el personaje de Urpy a su hermana, Suyay, en el primer dialogo de Aguas Profundas.

Es cierto, para crecer en el desierto, las flores necesitan raíces que entren profundamente en la tierra. Es así como desde hace 30 años, Vichama Teatro y su labor se enraíza en la comunidad de Villa El Salvador.

Villa El Salvador, pueblo luchador

La comunidad que hoy es una ciudad con cerca de 400 000 habitantes en la periferie de Lima, Perú, nació de uno de los movimientos de población más importantes del Perú al principio de los años 1970, durante la dictadura militar dirigida por Juan Velasco Alvarado. El 11 de Abril 1971, unas 200 familias tomaron tierras desérticas en Pamplona. A pesar de las violentas expulsiones por la policía, más y más familias llegaron a tomar las tierras. En el año 1973, la población  había llegado a más de 100 000 habitantes.

“No había agua, no había luz, todo era un desierto,” recuerda Adelina Salazar, conocida por todos en Vichama como la Señora Adela, recordando su llegada a Villa El Salvador en el año 1972. Frente a las necesidades de los pobladores del Pueblo Joven que era Villa El Salvador se formo la Comunidad Urbana Autogestionaria de Villa El Salvador (CUAVES), una estructura de gestión colectiva y una forma de articulación y de afirmación del poder popular, bajo el lema: “Porque no tenemos nada, lo haremos todo”.

El diseño urbano original de Villa El Salvador fue pensado por el arquitecto Miguel Romero, del ministerio de Vivienda, con el apoyo del gobierno revolucionario de las fuerzas armadas de Velasco. La segunda mitad de los años 1970 fue marcada por la complejización de la organización vecinal en Villa El Salvador y por un cambio ideológico en la dirección de la dictadura militar después del golpe de estado de 1975. El gobierno de Francisco Morales Bermúdez se alejo progresivamente de las políticas socialistas de Velasco hasta que, en el 1980, volvió al poder Fernando Belaunde Terry, quien había sido presidente de la Republica antes del golpe de estado de Velasco de 1968.

Con las elecciones empezó el retorno a la democracia del país pero también se inicio la insurrección de la guerrilla maoísta de Sendero Luminoso, dirigida por Abimael Guzmán, quien era profesor de filosofía en la Universidad de Ayacucho. Nadie sabia hasta que punto la historia del Perú en general y de Villa El Salvador en particular iba a ser marcada por las consecuencias destructivas de ese conflicto fratricida.

El teatro como memoria colectiva

Vichama fue creado el 20 de Junio de 1983 como parte del Taller de Teatro del Centro de Comunicación Popular, en el contexto de la difícil transición política entre la estructura comunal autónoma de la CUAVES y la estructura estatal de la Municipalidad distrital de Villa El Salvador.

Un proceso de investigación y de creación teatral colectiva, dirigido por César Escuza Norero, dio luz a una seria de obras sobre la historia política y social de Villa El Salvador. Dialogo entre Zorros, presentada por primera vez en el 1985, cuenta la historia de la comunidad desde la fundación de Villa El Salvador.

Esta obra – que sigue siendo presentada después de 30 años – ha “contribuido a abrir un proceso de reflexión sobre lo que es Villa El Salvador desde la memoria y el teatro”, explica Cesar Escuza Norero.

Este trabajo de construcción de una memoria teatral comunitaria continuo durante la guerra interna en los años 1980 y 2000. Las obras Carnaval por la vida (1987), Lirio de la esperanza (1996) y Memoria para los ausentes (2001), entre otras obras de esta época, son testimonios de las heridas abiertas del Perú y de Villa El Salvador durante 20 años de violencia política : desde el asesinato por el Sendero Luminoso de Maria Elena Moyano, una luchadora social, dirigente vecinal y feminista en Villa El Salvador, hasta los 70 000 muertos y desaparecidos en todo el país, victimas de la guerra entre el estado y Sendero Luminoso, antes y durante la dictadura dirigida por Alberto Fujimori.

Las producciones teatrales de Vichama son reconocidas tanto por su calidad estética como por su radicalidad política, y siempre fueron creadas en dialogo con la comunidad y su historia. En este sentido, afirma el ex director artístico teatral y teórico de teatro Carlos Vargas Salgado, “Vichama ha sido no solamente una escuela para los actores dentro de Villa El Salvador, sino ha sido también una escuela de peruanidad para los teatristas peruanos”.

Interculturalidad del arte

“Vichama es una fuente de vida que sale del desierto”, dice Michel Rondeau, animador espiritual y pedagogo Quebequense, quien fue testigo en el año 1992-1993 de la acción artística-cultural del Taller de Teatro del Centro de Comunicación Popular y de la construcción de la casa de teatro, donde se instalo el grupo y momento en el cual asume el nombre de Vichama.

De regreso a Canadá, Michel Rondeau formó, un grupo de jóvenes en Montreal, Quebec, en 1998, y organizo un intercambio intercultural artístico con Vichama en Villa El Salvador. Este intercambio fue el inicio de una relación de encuentros interculturales que sigue desarrollándose hasta la actualidad, cumpliendo 15 años de intercambio en 2013, a la cual se han sumado otras iniciativas del mundo.

“Nos interesa mucho el intercambio y formarnos también en este cruce de fronteras con América latina y otros espacios alternativos del mundo”, explica César Escuza Norero.

A partir del principio de los años 2000, Vichama intensifica el desarrollo de una red de relaciones internacionales e interculturales. La obra Memoria para los ausentes, que culmina su proceso creativo en Montreal en 2001 a ensamblarse con Vichama Collectif, una experiencia que se gesta producto de los intercambios iniciados en 1998, fue presentada en el marco de intercambios en Canadá en el 2001 y 2005, en el Foro Social Mundial 2005 en Porto Alegre, Brasil y en el Congreso Mundial de IDEA en Hong Kong, Taiwán y Corea en 2007.

“Es un nivel que cuidamos mucho, el intercambio y la formación de redes,” dice César Escuza Norero.

En el 2009, Vichama fue parte del montaje y de la presentación del Quijote Latinoamericano, en São Paulo, Brasil, durante el Encuentro que marco la creación de la Red Latinoamericana de Teatro en Comunidad.

La obra Aguas profundas fue creada a través de un proceso intercultural de intercambio artístico durante el Congreso Mundial de IDEA 2010 en Belem, Brasil. Esta obra fue presentada en el marco del Festival d’Art Social 2011 de Santa-Coloma de Gramenet, España, y ahora en el 5º Encontro Comunitario de Teatro Jovem da Cidade de São Paulo en Setiembre 2013.

Cultura y transformación social

La participación activa de Vichama en las redes internacionales de arte social, de teatro en comunidad, de arte educación y en el movimiento de cultura viva comunitaria siempre se hace con la preocupación de volver a la comunidad de Villa El Salvador con herramientas y lenguajes de transformación social emancipadora.

El encuentro Creadores Creando Comunidad, organizado en Junio de 2013 en el marco de la celebración del 30 aniversario de Vichama, ha sido una oportunidad para compartir con la comunidad la experiencia de grupos de todas partes del Perú y de América latina.

“Ver al publico en la sala, ver la capacidad de convocatoria” de Vichama durante el I Festival Internacional de Teatro en Comunidad “ha sido maravilloso”, dice Monica Rojas de la Corporación Cultural Nuestra Gente de Medellín, Colombia. Ella se queda impresionada por la “calidad” del trabajo de Vichama en la casa de teatro y por “el proceso que hace en la comunidad”.

Por ejemplo, el espacio de laboratorio pedagógico ha permitido compartir directamente con la comunidad de Villa El Salvador las experiencias artísticas, comunitarias y pedagógicas de Pombas Urbanas (São Paulo, Brasil) de Transformance (Cabello Seco, Brasil) de Nuestra Gente (Medellín, Colombia) y Los Ultimos (España), explorando varias formas de educación y de acción política a través del arte. Sin haber sido planificada con este objetivo la puesta en común de esos procesos resultó en la formación de una red de arte educadores en Villa El Salvador.

Marlene Negreiros Terrones, docente en la Institución educativa 6076 Villa El Salvador, explica que para ella y sus colegas, el laboratorio era una oportunidad para “reforzar algunas estrategias y técnicas para poder mejorar nuestro apoyo a nuestros niños” con el arte, en general, y con el teatro en particular. “Eso es muy importante para el desarrollo de nuestros niños.”

Tanto al nivel comunitario como al nivel internacional Vichama se especializa en la creación de espacios de dialogo intercultural a través del arte, para desarrollar procesos artísticos y pedagógicos de transformación social emancipadora desde la comunidad.

La cultura viva comunitaria que se construye en esos espacios nace y se desarrolla desde las raíces y no crece hacia arriba, sino hacia abajo.

Conectando sus raíces profundas con otras raíces, Vichama se va uniendo a redes de solidaridad humana que pueden resistir a las sequías y florecer con rebelde alegría aún en los desiertos mas áridos del mundo.

*Durante el 5 encuentro comunitario de teatro joven, el Instituto Pombas Urbanas ha presentado un homenaje a Vichama teatro por su 30 aniversario.

Modèle GIEC

Le monde et les temps changent

On connaît la chanson. La planète se réchauffe. Le niveau de la mer monte. La glace fond. Au temps où Bob Dylan chantait The Times They Are-A Changing (reprise en français par Hugues Aufray en 1965), des scientifiques s’affairaient déjà à développer des outils pour comprendre comment le monde allait changer. Un demi-siècle plus tard, les projections des climatologues nous le confirment : le monde et les temps changent.

Une science sans laboratoire

Directeur des études de 2e cycle en Sciences de l’atmosphère à l’Université du Québec à Montréal et fondateur du Centre étude et simulation du climat à l’échelle régionale, René Laprise étudie le climat depuis longtemps. Il tire de sa bibliothèque l’un des premiers rapports sur les modèles régionaux de climat qu’il a produit avec son équipe en 1994. «À l’époque, se souvient-il amusé, les gens l’avaient interprété n’importe comment».

René Laprise, Directeur des programmes d’études en sciences de l’atmosphère au Département des sciences de la Terre et de l’Atmosphère de l’Université du Québec à Montréal

Le chercheur a été l’un des auteurs principaux du 4e rapport d’évaluation du GIEC, le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat, paru en 2007. Il est l’un des évaluateurs pour le 5e rapport, à paraître en 2014, dont le premier rapport de travail a été rendu public à la fin septembre .

«C’est clair que c’est une sommité dans le domaine», assure Martin Deshaies-Jacques, physicien et mathématicien; en tant qu’étudiant au doctorat en Sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQÀM, il est bien placé pour le savoir.

Il y a plusieurs années, Dominique Paquin travaillait avec l’équipe du professeur Laprise. Aujourd’hui, elle est spécialiste en simulation climatique chez Ouranos, un organisme fondé en 2001, voué à acquérir et à développer les connaissances sur les changements climatiques et leurs impacts.

Dominique Paquin, Spécialiste – Simulations climatiques chez Ouranos

Les modèles sur lesquels elle travaille visent à «étudier les changements climatiques et la conséquence de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère». Personne, dans ce petit monde de la physique de l’atmosphère, ne travaille en laboratoire.

«Dans beaucoup de sciences, convient le professeur Laprise, on fait des expériences en laboratoire». En climatologie, c’est impossible. La seule option pour expérimenter sur le climat reste la modélisation informatique. «On ne fait pas ça parce qu’on aime ça, on fait ça parce qu’il n’y a pas d’autre façon de procéder».

Pour décrire ce qu’est la modélisation, le terme simulation serait plus approprié. Un simulateur de vol simule le fonctionnement d’un avion. Un modèle de climat fait la même chose : «il simule par ordinateur le fonctionnement d’un système physique», explique le chercheur.

En l’absence d’un laboratoire réel dans lequel étudier le climat, le modèle fait office de laboratoire virtuel.

En bonne spécialiste, Dominique Paquin y va d’une définition plus technique. Le modèle «est une représentation numérique de tout le système climatique». Un programme d’ordinateur simule les échanges de matière et d’énergie entre l’atmosphère, l’océan et la surface terrestre. Il est programmé pour calculer et résoudre à intervalles réguliers un ensemble d’équations de physique élémentaire.

Élémentaire, mon cher Watson!
Les équations de Navier-Stockes permettent à l’ordinateur de simuler les mouvements des masses d’air et d’eau qui caractérisent le système climatique : circulation des vents, courants marins, variation de la pression et de la température.
«Les concepts physiques de base sont élémentaires, mais je ne suis pas sûr que les équations le soient!», lance Martin Deshaies-Jacques.
Les lois sur l’état des gaz décrivent le comportement des gaz à effet de serre (GES) et autres aérosols dans l’atmosphère.
Le principe de conservation de la masse se résume à la Loi de Lavoisier : «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme».
Le principe de conservation de la quantité de mouvement est équivalent au principe d’inertie de Newton : «Tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement (…) dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d’état».

 

Des interactions complexes à simuler

Dans le système, reprend Dominique Paquin, «tout interagit avec tout, ce qui en fait la grande complexité».

L’atmosphère interagit avec les océans; les océans avec la terre, la terre avec l’atmosphère. La biosphère interagit avec le climat par le biais de divers processus biogéochimiques. Les activités humaines, en particulier l’agriculture, le transport et la production énergétique, ont l’effet direct d’émettre des GES dans l’atmosphère.

L’interaction entre les différentes composantes d’un modèle est appelée couplage :

Introduction aux modèles climatiques Modèle GIEC Source : GIEC (1997), Introduction aux modèles climatiques simples employés dans le deuxième Rapport d’évaluation du GIEC.

Tout commence dans l’atmosphère où se joue l’effet de serre, celui «qu’on veut étudier dans le cadre d’un changement climatique», signale René Laprise. Sans l’effet de serre naturel, la température à la surface de la terre, qui est de 17°C en moyenne, serait plutôt de -17°C.

Le changement climatique en cours résultera en une hausse de 3,5 à 7 degrés Celsius de cette température moyenne, causée par l’augmentation des concentrations de GES dans l’atmosphère.

«L’atmosphère et l’océan, poursuit le professeur, ont des courants qui transportent la chaleur, ainsi que le sel pour la mer et l’humidité pour l’atmosphère». Facteurs essentiels des dynamiques climatiques, l’atmosphère et l’océan font circuler la chaleur tout autour du globe. Par opposition, «les surfaces terrestres sont plus statiques, mais les phénomènes comme l’hydrologie, le drainage et le ruissellement, sont la branche qui relie terre et mer à la surface». Toutes ces relations au sein du système sont représentées dans le modèle climatique.

Mais quel chaos!

Le principe de l’effet papillon veut que le battement d’ailes d’un papillon puisse déclencher (ou empêcher) une tornade. Cette idée étrange est une métaphore qui illustre la nature chaotique du système climatique. Par exemple, le climat peut basculer rapidement et de manière imprévisible d’un état chaud à un état froid : L’étrange papillon de Lorenz Papillon Lrenz Source : Martin Beniston, L’effet papillon et le climat, www.climats.ch

«Quand on parle de climat, commente Martin Deshaies-Jacques, on parle de régimes d’équilibre dynamique à l’intérieur du chaos».

Un modèle cherche à reproduire les différents régimes d’équilibre qui caractérisent le système : cycles des saisons, courants aériens et océaniques. «Ce que les modèles climatiques veulent capter, ce sont ces régimes, qu’ils veulent arriver à caractériser, pour voir comment cette description générale va changer».

«On utilise le chaos, on profite de la nature chaotique du système», affirme René Laprise. On tire avantage du fait que le système «a une mémoire sélective et limitée dans le temps».

Les climatologues ont vérifié «la perte de mémoire, l’effet Alzheimer du système climatique : si on regarde la partie superficielle de l’océan et la surface des continents, au bout de cinq ans, on a complètement oublié d’où on vient». Le modèle n’a donc pas besoin des conditions initiales exactes pour réaliser une simulation.

«Tout ce dont un modèle a besoin pour fonctionner, confirme Dominique Paquin, c’est de la représentation réelle de la terre».

Pour initialiser le modèle, il faut entrer dans l’ordinateur de l’information tirée de bases de données nationales ou internationales : rayonnement solaire, concentrations de gaz à effet de serre, topographie, type de sol, type de végétation.

«On va lancer plusieurs simulations avec des conditions initiales réalistes, explique Martin Deshaies-Jacques. Il y a tout un appareillage pour déterminer les conditions initiales». Ce sont les méthodes d’initialisation d’ensemble.

Une fois la simulation lancée, le système tend naturellement vers l’équilibre : «C’est une question de conservation de l’énergie, rappelle le physicien. Ce qu’on veut faire avec un modèle, c’est de bien caractériser la nature de ce nouvel équilibre». Lorsque le modèle est initialisé et que le système est parvenu à l’équilibre, reprend Dominique Paquin, l’ordinateur va produire une projection de «plusieurs centaines de variables, toutes cohérentes entre elles».

Pour chaque point du globe représenté dans le modèle, on obtient un ensemble de caractéristiques climatiques très précises à différents moments dans le temps : température, humidité, vitesse et direction des vents, précipitations, quantité d’eau dans le sol, pression atmosphérique.

Le modèle climatique, bientôt en haute définition?

Le principe de la modélisation numérique est relativement simple. Si on bâtit un échafaudage autour du globe, comportant de 50 à 100 niveaux verticaux et couvrant en superficie 300 points de latitude (est-ouest) par 300 points de longitude (nord-sud), on obtient quelque chose comme ceci :

Une planète numérique, virtuelle, créée par ordinateurModèle Source : ClimatObs.fr, Les modèles climatiques

L’illustration représente notre planète subdivisée en cases (ou mailles) à l’intérieur desquelles l’ordinateur simule les mouvements du climat. Cette cartographie informatique du système climatique mondial permet d’étudier son évolution dans l’espace et le temps.

«On peut distribuer les mailles à la grandeur du globe ou les mettre sur un domaine régional», précise René Laprise.

À l’échelle de l’Amérique du Nord, cela représente une maille d’environ 40 km, comparativement à une maille de 400 km à l’échelle du globe.

Il existait en 2011 une cinquantaine de modèles de climat. Environ la moitié des modèles représente le globe en entier, l’autre moitié des régions plus restreintes.

«L’intérêt d’avoir plusieurs modèles, c’est simplement de combler une partie de l’incertitude, indique Dominique Paquin. La meilleure réponse qu’on puisse avoir, c’est toujours de prendre le plus de modèles possibles et d’extraire l’information de tous les modèles, puis de faire une espèce de moyenne». C’est la technique des grands ensembles.

La modélisation régionale est «une technique relativement récente», souligne le professeur Laprise. Il y a vingt ans, le chercheur et son équipe étaient «parmi les premiers groupes à utiliser cette méthode».

On en comprend vite l’intérêt : avec une résolution dix fois plus élevée qu’un modèle mondial, un modèle régional «donne plus de détails et, on l’espère, de meilleurs résultats».

«Il y a une infinité de méthodes, autant qu’il y a de chercheurs, ajoute le professeur. Elles ont toutes des avantages et des inconvénients : plus elles sont précises, plus elles sont chères à calculer».

Même les ordinateurs les plus puissants ont une capacité limitée pour résoudre des milliers d’équations à toutes les cinq ou vingt minutes, selon les modèles. «Alors, c’est un compromis entre le coût et la précision de calcul».

Comme les systèmes informatiques qui les supportent, «les modèles sont en constante évolution, reprend Dominique Paquin. Les gens sont toujours en train de les améliorer, de trouver des paramétrages plus performants».

Le paramétrage, précise Martin Deshaies-Jacques, consiste à développer «des petits modèles, imbriqués dans le modèle, qui vont représenter les processus sous la maille. Des phénomènes plus petits ou à des échelles de temps différentes», comme la formation d’un nuage ou d’une goutte de pluie. Or, le paramétrage est loin d’être simple : «Il y a parfois plusieurs doctorats derrière une paramétrisation!».

Scénarios de changements climatiques

«On peut utiliser les modèles en deux modes, indique René Laprise : le mode rétrospectif, c’est regarder le passé; le mode prospectif, c’est regarder vers le futur. Ce qui nous intéresse, c’est le mode prospectif. Souvent, c’est le prochain siècle qui nous intéresse le plus».

À l’aide des modèles, on peut faire des projections de changements climatiques, selon les différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, élaborés par le GIEC : Changements climatiques et impacts projetés ScénariosSource : GIEC (2007), Élaboration de nouveaux scénarios destinés à analyser les émissions, les changements climatiques, les incidences et les stratégies de parade.

Diverses simulations réalisées pour l’Amérique du Nord permettent d’envisager quelques-uns des impacts potentiels des changements climatiques dans les prochaines décennies.

«Les précipitations vont avoir un impact majeur, commente le professeur Laprise. Elles augmentent à certains endroits, elles diminuent à d’autres. Malheureusement, elles ont tendance à diminuer dans des régions déjà désertiques, comme le sud-ouest américain, où l’eau manque déjà. Au Canada, plus on va vers le nord, plus les précipitations augmentent; aux États-Unis, plus on va vers le sud, plus elles diminuent».

Ces changements dans les niveaux de précipitations auront notamment «des effets sur la végétation et sur les pratiques agricoles»

«Il y a beaucoup d’érosion le long du fleuve Saint-Laurent, de plus en plus à chaque année». Dans l’Est-du-Québec, des propriétaires riverains perdent littéralement du terrain. Les dommages à la route 132 se multiplient.

«Pour le siècle à venir, ce qui est plus important, poursuit le chercheur, c’est la fonte des glaces dans l’Arctique, qui aura un impact direct non négligeable sur les océans».

Or, souligne Dominique Paquin, «la réponse de l’océan est plus lente que celle de l’atmosphère». On observe en effet que les dynamiques de l’océan profond évoluent sur des centaines d’années de plus que celles de l’atmosphère.

«Le changement dans les extrêmes, termine le professeur Laprise, est un domaine de recherche intensif». À ce jour, complète Dominique Paquin, «les modèles ont tendance à être assez conservateurs. C’est exactement ce qu’on a vu avec la fonte de la glace dans l’Arctique, où tous les modèles montrent une fonte de la glace beaucoup plus lente que ce qu’on observe en réalité».

De l’information scientifique aux choix de société

Ces projections reposent sur des bases scientifiques sérieuses.

«Personne ne pense que le climat va arrêter de varier dans la prochaine décennie… à moins de vivre dans un autre monde», soupire le professeur Laprise. Le rôle de la science se limite à établir ce qui pourrait arriver «si on ne réduit pas les émissions de GES». Ce n’est pas aux scientifiques «de dire aux gouvernements ce qu’ils devraient faire». Leur travail, c’est de «donner l’information scientifique et d’augmenter la marge de confiance de leurs résultats». Il s’agit d’être «pertinent pour la prise de décision, pas prescriptif en suggérant une décision».

La modélisation climatique, conclut le physicien, nous offre néanmoins le «potentiel de savoir ce qui s’en vient pour faire les bons choix de société. Il y a des choix à faire qui ont des aspects nettement politiques, des aspects économiques, des aspects sociaux».
Ici, ce n’est plus le scientifique qui parle, mais le citoyen : «Il faut maintenant bâtir l’avenir. On doit tenir compte du fait que les changements climatiques sont aujourd’hui inévitables et tenter d’en réduire les impacts».