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MAIS-phémérides de mars 2015

Le 5 mars 1871 marque l’anniversaire de naissance de la militante socialiste et théoricienne marxiste Rosa Luxembourg. Partisane de l’internationalisme ouvrier et antimilitariste notoire, Rosa Luxembourg a été une figure marquante des mouvements révolutionnaires du siècle dernier en Europe.

À Copenhague, en août 1910, lors de la 2e conférence de l’Internationale socialiste des femmes qu’elle a co-fondée avec la journaliste et militante socialiste Clara Zetkin, Rosa Luxembourg milite activement pour la création d’une journée internationale de la femme. Cette journée visait à souligner les luttes sociales et les manifestations féministes, en particulier celle pour le droit de vote des femmes, mais aussi celles pour l’amélioration des conditions de travail chez les ouvrières et pour l’égalité entre les sexes.

Rosa Luxembourg soutient la révolution russe qui prit son envol le 8 mars 1917 avec un rassemblement de femmes ouvrières et ménagères à Petrograd réclamant du pain, le retour de leurs maris partis au front, la paix et la République. La grève déclenchée par des ouvrières du secteur textile deviendra rapidement une grève de masse, puis une insurrection révolutionnaire qui mènera en moins d’une semaine à la chute de l’empire Tsariste.

Le 12 mars 1917, le Tsar de Russie était renversé, après à peine une semaine d’agitation, initiée par une grève lancée par des travailleuses du secteur textile une semaine plus tôt. La révolution soviétique a inspiré toute une génération de militantes et de militants socialistes et communistes partout dans le monde, dont, notamment, le jeune Tawfik Toubi, un arabe chrétien né en Palestine en 1922 et décédé en Israël le 12 mars 2011.

Militant pour État judéo-arabe unitaire au sein du parti communiste palestinien, Tawfik Toubi s’est opposé à la partition de la Palestine lors de la création de l’État d’Israël en 1948. Élu à la première législature de la Knesset en 1949 sous la bannière du parti communiste, il y a siégé jusqu’en 1990. Il fut l’un des premiers parlementaires d’Israël à condamner le massacre de civils arabes par la police militaire israélienne à Kafr Qassem en 1956 et l’un des seuls a demander le droit au retour des réfugiés palestiniens déplacés suite à la guerre Israelo-arabe de 1948 et à la guerre de six jours de 1967.

En parallèle à sa vie politique, Tawfik Toubi a mené une carrière d’éditeur et de journaliste au principal journal arabe d’Israël, Al Ittihad, un journal communiste lié à la Ligue de libération nationale en Palestine, interdit par les autorités coloniales britanniques en février 1948 quelques mois avant la création de l’État d’Israël.

C’est le 12 mars 1930 que le Mahatma Gandhi a entamé sa « marche du sel », point tournant d’une campagne de désobéissance civile non violente qui s’inscrivait dans un vaste mouvement visant à obtenir l’indépendance de l’Inde après plus de 100 ans de joug colonial. Ce n’est qu’en 1947 que la partition de l’Inde fut réalisée, peu de temps avant la partition de la Palestine pour créer l’État d’Israël.

Le déclin de l’Empire colonial britannique s’est ainsi amorcé peu avant le retour au pouvoir du premier ministre Winston Churchill, dont les politiques racistes en Afrique du Sud au début du XXe siècle avaient posé les fondements juridiques d’un régime d’apartheid instauré en 1948 et aboli en 1994.

Le 19 mars 1911, un million de femmes prennent les rues en Allemagne, en Autriche et au Danemark, à l’occasion de la première journée internationale des femmes, créée l’année précédente au congrès de l’Internationale socialiste de femmes. Le 8 mars n’ayant pas encore été arrêté comme date officielle, les militantes choisissent de manifester le 19 mars en commémoration de la révolution de 1848 et de la Commune de Paris de 1971.

Les femmes revendiquent principalement le droit de vote, mais elles exigent également le droit d’occuper des fonctions publiques, le droit de travailler et l’élimination de la discrimination au travail. Cette première célébration de la journée internationale des femmes s’inspire des luttes ouvrières et populaires de l’époque et s’inscrit dans une perspective révolutionnaire, égalitariste et antimilitariste.

Le 19 mars 1978, Israël prend temporairement le contrôle du Sud-Liban. L’implication d’Israël dans la Guerre du Liban culminera quelques années plus tard avec massacre de Sabra et Chatila, en 1982.

C’est également le 19 mars 2003, quelques heures avant la fin officielle de l’ultimatum de 48 h demandant au président irakien Saddam Hussein et à ses fils de quitter l’Irak, que débute la seconde Guerre du Golfe. Quelques jours avant l’invasion, le 15 mars 2003, le Collectif Échec à la guerre avait rassemblé plus de 250 000 personnes pour une manifestation à Montréal. Deux ans plus tard, le 19 mars 2005, la marche soulignant le second anniversaire de l’invasion rassemblait quelque 3 000 personnes dans les rues de Montréal.

L’invasion de l’Irak par les États-Unis est pointée du doigt par de nombreux analystes comme étant l’une des principales causes des déséquilibres géopolitiques contemporains au Moyen-Orient, dont, notamment, ceux qui ont permis à l’État islamique de prendre racine dans le nord de l’Irak et de la Syrie.

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MAIS-phémérides de février 2015

Les MAIS-phémérides, un nouveau segment historique de MAIS, l’émission, visent à consigner dans notre mémoire collective quelques faits et personnages historiques qui, d’une manière où d’une autre, apportent un éclairage sur les questions et les enjeux d’actualité.

Inspirées d’éphémérides choisies en fonction des dates de diffusion de l’émission, les MAIS-phémérides permettent de mettre l’Histoire en dialogue avec elle-même.

Le 12 février 1934, la gauche française faisait front commun contre la montée d’un fascisme décomplexé porté, entre autres, par les Jeunesses patriotes qui comptaient dans leurs rangs quelques universitaires phalangistes et autres étudiants réactionnaires. La grève générale du 12 février est le point culminant de la crise du 6 février 1934 reconnue à l’époque comme étant le plus important mouvement d’agitation urbaine en France depuis la Commune de Paris de 1871, dont il a été question à quelques reprises dans les MAIS-phémérides de janvier.

La crise a eu pour effet de favoriser l’union de la gauche et la radicalisation de la droite, mais aussi d’inspirer des nouvelles pratiques de maintien de l’ordre public, dont, notamment, celle d’interdire les manifestations dont l’itinéraire n’a pas été préalablement été autorisé par les autorités publiques.

Le 12 février 1809 marque aussi l’anniversaire de naissance d’un certain Charles Darwin, éminent naturaliste dont les travaux ont révolutionné la biologie moderne. Sa théorie de l’évolution et de la sélection naturelle, publiée au milieu du 19e siècle a bouleversé les conceptions théologiques des origines de l’humanité, comme la théorie de Galilée sur la rotation de la Terre deux siècles plus tôt avait chamboulé la conception anthropocentrique de l’Univers.

Ce qui est encore plus reversant, c’est que 150 ans plus tard, l’enseignement de la théorie de l’évolution de Darwin fait encore débat! Une étude publiée par Science en 2011 révélait que 40 % des professeurs de biologie dans les écoles publiques américaines n’acceptaient pas la théorie de Darwin et qu’à peine 13 % l’enseignent explicitement et positivement.

Comme on n’en est pas à un paradoxe près, les plus farouches opposants au Darwinisme scientifique, sont souvent les premiers partisans du Darwinisme social : cette théorie politique qui transpose le concept de sélection naturelle à la société humaine, alimentant les pires dérives eugénistes et génocidaires du XXe siècle, et que le sociologue russe Jacques Novicow définissait en 1910 comme « la doctrine qui considère l’homicide collectif comme la cause des progrès du genre humain ». L’idéologue à qui l’on attribue la paternité de ce sinistre concept, Herbert Spencer, suggérait plutôt que « toute protection artificielle des faibles est un handicap pour le groupe social auquel ils appartiennent, dans la mesure où cette protection a pour effet […] de le mettre en position d’infériorité face aux groupes sociaux rivaux ». Difficile de ne pas voir un lien entre cette idéologie d’une autre époque et le sabotage actuel des politiques sociales, dont le démantèlement du système d’éducation publique, gratuite et universelle est l’un des principaux exemples.

Nicolas Copernic, né le 19 février 1473, est reconnu pour avoir posé les principes de l’héliocentrisme, une théorie révolutionnaire en astronomie à l’époque qui contredisait la croyance selon laquelle la Terre était centrale et immobile. Comme la théorie de l’évolution de Darwin, l’acceptation de la théorie héliocentriste de Copernic a été l’objet de virulents débats tant au sein de l’Université que du monde politique et religieux — tous trois intrinsèquement liés à l’époque. Ces débats opposant science et religion se poursuivront pendant deux siècles, et les livres de Copernic et de l’un de ses principaux successeurs, l’italien Galiléo Galilée, seront d’ailleurs mis à l’index par les autorités religieuses, et ce jusqu’au milieu du 18e siècle, peu de temps avant la Révolution française.

Le 19 février marque aussi l’anniversaire de l’adoption de la Loi de « sûreté générale » qui marque l’apothéose du virage autoritaire du Second Empire français. Adoptée le 19 février en 1858, la Loi de sûreté générale, aussi appelée la « loi des suspects », s’inscrit en réponse à une tentative d’attentat contre l’empereur Napoléon III.

La loi permettait notamment de punir de prison toute tentative d’opposition et autorise l’arrestation et la « transportation » des personnes suspectes, c’est-à-dire ceux ayant été condamnés pour délit politique depuis les troubles de 1848. Contrairement à la déportation en bonne et due forme, la transportation des suspects est une procédure administrative qui ne nécessite pas de jugement. Cette loi antiterroriste avant la lettre, prévoyait également des amendes ou des peines de prison contre les crimes séditieux.

« Que ceux qui ne conspirent pas se rassurent », aurait affirmé le président de l’Assemblée législative française, Charles Demorny, pendant les débats devant le Corps législatif.

Le 26 février 1848, la Seconde République française, formée suite à la révolution de 1848, supprime la peine de mort en matière politique. La peine de mort en matière criminelle sera maintenue en France jusqu’en 1981. Fait à noter, l’écrivain Victor Hugo, né le 26 février 1802, a participé aux mouvements de 1848… du côté du pouvoir dont il était proche.

C’est le 26 février 1885 que prend fin de la conférence de Berlin. Sous couvert de nobles objectifs comme le « désenclavement du continent africain » ou « l’éradication de l’esclavage et de la traite musulmane », l’objet de la conférence est en fait le partage colonial de l’Afrique. La France obtient le contrôle de l’Afrique de l’Ouest, tandis que l’Angleterre commence à s’aménager un axe reliant le détroit du Nil au nord à la pointe sud de l’Afrique — axe qu’elle complétera en annexant le protectorat allemand du Tanganyika une vingtaine d’années plus tard. La Belgique obtient pour sa part le contrôle d’une vaste portion de l’Afrique centrale, qui demeurera pendant 23 ans la possession personnelle du roi Léopold II.

Le 26 février 1971 marque par ailleurs l’anniversaire de naissance d’Erykah Badu. L’an dernier, la chanteuse afro-américaine, reconnue pour son engagement social et politique aux États-Unis, a été prise dans une controverse, après avoir offert une performance dans le cadre des célébrations du 46e anniversaire du roi Mswati III du Swaziland, un pays d’Afrique australe situé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique qui est l’une des dernières monarchies absolues du monde.

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MAIS-phémérides de janvier 2015 – La liberté n’est pas un mot-clic

Le présent est plus souvent qu’autrement le reflet d’un passé, proche ou lointain, dont on a oublié de tirer les leçons. Si l’histoire semble se répéter, c’est peut-être parce que l’on ne l’écoute pas assez.

C’est pourquoi MAIS, l’émission consacre désormais chaque semaine deux petites minutes à l’histoire avec la chronique des MAIS-phémérides. Ces MAIS-phémérides visent à consigner dans notre mémoire collective quelques faits et personnages historiques qui, d’une manière où d’une autre, apportent un éclairage sur les questions et les enjeux d’actualité.

Parce que, dit-on, les paroles s’envolent et les écrits restent, je me propose  de retranscrire ici les MAIS-phémérides du mois, à commencer par celles de janvier qui s’articulent autour du thème de la liberté et de son corollaire: la privation de liberté.

Vous pouvez me bâillonner, m’enfermer
je crache sur votre argent en chien de fusil
sur vos polices et vos lois d’exception
je vous réponds non
je vous réponds, je recommence

Gaston Miron, La batèche.

Né le 8 janvier 1928, Gaston Miron, « commis voyageur de la poésie », a été l’un des artisans du réveil culturel et politique du Québec dans les années 1950-1960. Son engagement nationaliste lui a d’ailleurs valu d’être emprisonné durant la Crise d’octobre 1970, comme plus de 450 artistes, intellectuels et activistes soupçonnés de liens avec le Front de Libération du Québec.

La Loi des mesures de guerre permettait au gouvernement fédéral de suspendre les liberté civiles et de détenir des personnes sans accusations, ni preuve, ni procès.

« Si cette poésie n’échappe pas au désespoir en son individualité, elle n’est pas pour autant dénuée de tout espoir, un espoir qui se cherche du côté de l’engagement dans la fraternité », écrit Miron au sujet de La batèche.

On ne trouve pas de vers aussi explicitement politiques dans l’oeuvre de Paul Verlaine, décédé le 8 janvier 1896, bien que celui-ci ait servi comme attaché de presse au comité central de la Commune de Paris en 1871. Fait à noter, ce n’est pas son engagement politique  qui mena Verlaine en prison deux ans plus tard, mais sa relation passionnelle avec Arthur Rimbaud. Verlaine a en effet été trouvé coupable d’avoir tiré du revolver sur son ami et amant.

Si le poète maudit est décédé dans la déchéance la plus totale, sa Chanson d’automne est devenue à titre posthume l’un de ses plus fameux poèmes.

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Ces vers sont passés à l’histoire lorsqu’ils ont été diffusés par Radio Londres le 5 juin 1944 à 21 h 15, en guise de signal codé annonçant le déclenchement du débarquement de Normandie.

Quelques jours après la libération de Paris, un journal clandestin issu de la résistance française contre l’occupation nazie anticipait ce que devrait être une presse libre :

« Notre désir, d’autant plus profond qu’il était souvent muet, était de libérer les journaux de l’argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu’il y a de meilleur en lui. […] À tort ou à raison, c’est pour cela que beaucoup d’entre nous sont morts dans d’inimaginables conditions et que d’autres souffrent la solitude et les menaces de la prison.

[…]

Que voulions nous? Une presse (…) au langage respectable. Pour des [journalistes] qui, pendant des années, écrivant un article, savaient que cet article pouvait se payer de la prison ou de la mort, il était évident que les mots avaient leur valeur et qu’ils devaient être réfléchis. C’est cette responsabilité du journaliste devant le public qu’ils voulaient restaurer. »

Albert Camus, 31 août 1944, dans Combat

***

Permettez-moi ici une parenthèse dans ces MAIS-phémérides.

L’assassinat de journalistes, que ce soit dans une salle de rédaction parisienne ou sur la ligne de feu en Syrie ou ailleurs, est une tragédie et un scandale.

Pour tout dire, chaque mort violente est une mort de trop.

Mais ce qui est bien plus tragique et plus scandaleux que la mort violente de journalistes, c’est l’instrumentalisation de cette mort par des autorités qui préfèrent célébrer un principe qu’honorer une pratique.

Tant mieux si on se mobilise pour défendre la liberté de presse, mais encore faut-il savoir pour quel journalisme on se bat : pour celui qui confronte le pouvoir et témoigne d’une (in)certaine vérité ou pour celui qui conforte l’ordre établi et relaie des mensonges officiels?

La liberté de presse, la liberté d’expression et la liberté d’opinion ainsi que les libertés de conscience et de religion ont beau être parmi les principes fondateurs de nos sociétés dites démocratiques, il ne suffit pas de s’en réclamer pour les incarner, ni de les proclamer pour les défendre. Contre qui d’ailleurs pensons-nous devoir défendre les valeurs de notre soit-disant civilisation?

Qu’on se le dise, l’hypocrisie de nos élites est une menace bien plus sérieuse à nos libertés fondamentales que ne peuvent l’être les prétendus barbares à nos portes .

Face à une telle effronterie qui frise l’absurde, la satire est, à n’en pas douter, une arme redoutable.

L’efficacité politique de la moquerie est incontestable. Mais derrière sa simplicité apparente, le sarcasme est cependant une arme à double tranchant qui, à défaut d’être pris au second degré, risque de sombrer dans le cynisme, voire dans le mépris pur et simple.

Pour être comprise à sa juste valeur, l’ironie a donc plus souvent qu’autrement besoin d’explications, de mise en contexte.

La pertinence du journalisme réside dans sa capacité à mettre les choses, tant les faits que les opinions, en perspective.

Fin de la parenthèse.

***

«Toute injustice, où qu’elle se produise, est une menace pour la justice partout ailleurs. Nous sommes pris dans un réseau de relations mutuelles auquel nous ne pouvons échapper ; notre destinée commune est un vêtement sans couture. Ce qui affecte directement l’un de nous nous affecte tous indirectement. »

Martin Luther King, Lettre de la geôle de Birmingham

Né le 15 janvier 1929, Martin Luther King a été l’un des fers de lance du mouvement pour les droits civiques des Noirs américains. Depuis la prison de Birmingham en Alabama, où il a été incarcéré en 1963, il dénonçait la brutalité policière contre les protestataires, le traitement injuste du système judiciaire à l’égard des Noirs et les attentats haineux commis en toute impunité à l’encontre d’églises et de maisons dans les communautés afro-américaines par des suprémacistes Blancs.

Il faut croire que le crime d’opinion coûte parfois plus cher que le crime haineux…

Le théoricien anarchiste Pierre-Joseph Proudhon, né 15 janvier 1809, a par exemple été emprisonné pour avoir dénoncé publiquement la constitution de 1848 qui, à son avis, conférait trop de pouvoir exécutif au président de la République et risquait selon lui de mener la France vers la dictature.

La militante socialiste Rosa Luxemburg a quant à elle été assassinée le 15 janvier 1919, au terme de la révolte spartakiste de Berlin. Co-fondatrice du journal révolutionnaire Die Rote Fahne (Le drapeau rouge), elle réclamait l’amnistie pour tous les prisonniers politiques et l’abolition de la peine de mort. En raison notamment de son engagement antimilitariste, elle avait elle-même été emprisonnée, en grande partie sans jugement, durant la guerre de 14-18

« La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d’un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n’est pas la liberté. La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement », écrivait Rosa Luxemburg à propos de la révolution russe de 1918, jugeant que « sans une liberté illimitée de la presse » et « sans une liberté absolue de réunion et d’association », une véritable démocratie ouvrière était inconcevable.

Quelques années auparavant, Rosa Luxemburg avait tiré de précieuses leçons sur l’organisation de la grève de masse et la politique révolutionnaire de la Révolution de 1905 en Russie. Le 22 janvier 1905, connu comme le «dimanche rouge» de Saint-Pétersbourg marque le début de ce soulèvement populaire, où les insurgés réclamaient notamment la libération de tous les révolutionnaires détenus par l’Okhrana, la police politique du Tsar, réputée être le prototype de la police politique moderne.

En vertu de Règlements provisoires, édictés suite à l’assassinat d’Alexandre II par l’organisation anarchiste Narodnaïa Volia en 1881, la police pouvait en effet procéder à des perquisitions et à des arrestations sommaires et à des emprisonnements sans jugement.

Un épisode marquant de la révolution de 1905, la mutinerie du cuirassé Potemkine, a été porté à l’écran en 1925 par le cinéaste soviétique Sergueï Eisenstein, né le 22 janvier 1898. L’introduction au film, écrite par Léon Trotsky, a été censurée suite à la condamnation de Trotski à l’exil par Joseph Staline le 22 janvier 1929. C’est sous la direction de Staline que l’URSS prendra le virage de la dictature totalitaire, pour devenir un véritable État policier où une police politique détenait les pouvoirs de surveillance, de détention, de poursuite, de jugement et d’exécution de la peine, et où les opposants étaient envoyés au goulag.

Si les russes ont inventé la police politique moderne, ils n’ont certainement pas inventé la prison politique. Enfant de la Révolution française, François-Vincent Raspail, né le 29 janvier 1794,  l’a appris à ses dépens. Chimiste et médecin, cet ardent républicain français a participé aux journées d’insurrection révolutionnaire, dites «les Trois Glorieuses», en juillet 1830.

Cette épisode d’agitation républicaine s’inscrivait en réaction aux Ordonnances de Saint-Cloud du roi Charles X qui avaient notamment pour effet de suspendre la liberté de la presse et de soumettre toutes les publications périodiques à une autorisation du gouvernement ainsi que d’annuler les élections ayant porté au pouvoir une majorité libérale quelques jours plus tôt.

Suite à l’insurrection, Raspail a fondé un journal d’opposition républicaine, Le Réformateur, et assumé la présidence de la Société des Amis du Peuple dissoute en 1832 par la monarchie de Juillet qui, après l’avoir décoré pour avoir aidé le Louis-Philippe I à établir une monarchie constitutionnelle suite à l’insurrection de 1830, le condamnera à quinze mois de prison et à une amende salée pour «offense au roi».

Pionnier de la chimie organique, et notamment premier propagateur des concept d’hygiène et d’antisepsie, ses travaux scientifiques ont été considérablement ralentis par ses séjours répétés en prison pour délit d’opinion. Détenu à la prison parisienne de Sainte-Pélagie, démolie en 1899 pour cause d’insalubrité et où ont été emprisonnés de nombreux agitateurs, dont notamment Pierre-Joseph Proudhon, il prendra la tête de l’Association républicaine de défense de la liberté de la presse.

François-Vincent Raspail participa ensuite à la Révolution de 1848, qui s’inscrivait dans un vaste mouvement insurrectionnel à travers l’Europe cette année-là, connu comme le Printemps des peuples. Candidat socialiste aux élections présidentielles de 1848, il sera défait par Louis Napoléon Bonaparte (qui rétablira trois ans plus tard la monarchie et instaurera un régime autoritaire et impérialiste), et condamné à l’exil en Belgique.

Tout ça pour dire que la liberté est loin d’être un acquis démocratique immuable. Comme en témoignent ces MAIS-phémérides, il s’agit plutôt d’une lutte politique à poursuivre : un combat permanent qui est, à l’image de celui pour la défense des droits humains, un combat légitime et nécessaire, mais dangereux.

L'escouade urbaine me détient «aux fins d'enquête» avec la fanfare au métro Place des Arts.

#MonSPVM, toujours là pour ma fanfare

Le 1er mai 2014, après avoir longuement débattu de notre participation à la manifestation anticapitaliste en tant que « fanfare anarchiste » (alias Ensemble Insurrection Chaotique), suite à l’expérience pour le moins déplaisante de l’année précédente, nous décidons de faire une action artistique en marge de la manifestation organisée par la Convergence de luttes anticapitalistes (CLAC) à Montréal.

Appel de la CLAC pour la manifestation anticapitaliste du 1er mai 201

Afin de minimiser le risque de se retrouver dans une souricière et tous les désagréments que cela implique, nous choisissons de faire une parade militante, un défilé contestataire jusqu’à la Place des Arts.

Célébrons la résistance!

La « fanfare anarchiste » lutte pour une société non-hiérarchique et libre de toute oppression.

Derrière la bannière « Célébration de la résistance dans la rue », nous prenons le trottoir du côté sud de la rue Sainte-Catherine pour y jouer de la musique et y distribuer des tracts de la CLAC en marchant vers l’ouest à partir de la rue Wolfe. Dans un excès de zèle, nous attendons même aux coins de rues que les feux passent au vert avant de traverser!

« Nous cherchons à nous réapproprier les espaces publics, tentons d’apporter plaisir et enthousiasme aux mouvements politiques et célébrons la résistance d’une manière qui reflète la vision du monde dans lequel nous souhaitons vivre. » (L’Ensemble de l’insurrection chaotique, extrait de l’énoncé de mission)

Afin d’éviter de passer devant le quartier général du SPVM, ce qui pourrait être interprété comme une provocation par les « forces de l’ordre » déjà sur un pied d’alerte et dont la tolérance et le bon sens (on le verra plus loin) ne sont pas les principales vertus, nous remontons la rue de Bullion jusqu’au boulevard de Maisonneuve.

En marchant (toujours sur le trottoir), une petite manifestation de quelques dizaines de personnes rattrape  la fanfare au coin de Saint-Dominique.  Afin de ne pas nous retrouver à la tête d’une manifestation spontanée, et en raison d’une position légèrement ambivalente quant la façon d’exprimer notre opposition au règlement P6, nous laissons passer le cortège dans la rue avant de continuer sagement notre route sur le trottoir.

La chasse à la fanfare

Tandis que nous nous engageons sur l’esplanade de la Place des Arts par l’étroit passage entre la nouvelle salle de l’OSM et la salle Wilfrid-Pelletier, nous constatons que la police se déploie à toute vitesse autour de ladite place.

N’ayant aucune envie de finir notre soirée dans une souricière, nous retraitons et nous nous engouffrons rapidement (pour une fanfare) dans le métro Place des Arts.

C’est là qu’un détachement d’une douzaine de policiers de l’Escouade urbaine nous pourchasse pour nous empêcher de quitter les lieux.

Pour la petite histoire, l’escouade urbaine, véritable « police des manifs » selon le Journal de Montréal, est l’héritière du mandat de profilage (trop ouvertement) politique du SPVM qu’assurait le Guet des activités des mouvements marginaux et anarchistes (GAMMA).

Alors que je m’apprête à acheter un billet pour passer le tourniquet, un agent s’interpose devant moi (et ma grosse caisse) et me lâche un laconique : « Ça s’arrête ici. »

Rapidement, ses collègues nous encerclent. Nous voilà, malgré toutes nos précautions et notre zèle piétonnier exemplaire, pris en souricière!

Le classique dialogue de sourd commence entre un joueur de grosse caisse (moi) et un policier habillé en tenue anti-émeute (ci-après nommé « Robocop ») :

– Est-ce qu’on a fait quelque chose d’illégal?

– Vous avez participé à une « manifestation illégale ».

Une femme, prise au piège avec nous, explique à Robocop qu’on a jamais entendu d’avis comme quoi il y avait une manifestation illégale dans les parages.

Quand on a vu tout ce déploiement policier on a cherché à quitter les lieux, exactement comme l’indiquait le communiqué du SPVM de la veille :

« Si vous n’avez pas entendu les premiers avis verbaux ni la sirène de police, et que vous voyez le groupe d’intervention (policiers munis d’un bouclier), quittez les lieux. Cela signifie que la manifestation est devenue illégale et que les policiers s’apprêtent à intervenir. »

Faisant preuve d’une logique parfaitement circulaire, un agent aurait répondu à la brave dame quelque chose comme ceci : « Madame, vous étiez en train de courir, c’est évident que vous saviez que vous aviez fait quelque chose d’illégal. »

Poussant l’ironie à son comble, trois agents vont jusqu’à rattraper un jeune homme sur le quai du métro pour le ramener de force dans la souricière où nous sommes retenus contre notre gré (et contre tout bon sens).

« Détention aux fins d’enquête »

Satisfait de sa rafle, notre Robocop annonce avec magnanimité : « On vous donnera pas de ticket, on va juste prendre votre identité pour vous enquêter. Après vous pourrez partir. »

Nous sommes donc en détention aux fins d’enquête, une pratique d’enquête criminelle qui ne fait l’objet d’aucun encadrement réglementaire ou législatif.

De l’avis de la Cour suprême (pourvoi R. c. Mann, R.C.S. 59, 2004 CSC 52), la détention aux fins d’enquête « soulève des questions fondamentales concernant le droit des citoyens de circuler dans les rues sans être dérangés par l’État, compte tenu toutefois du rôle nécessaire que joue la police dans les enquêtes criminelles » et met en jeu « l’équilibre délicat qui doit être établi pour protéger adéquatement les libertés individuelles et reconnaître comme il se doit des fonctions légitimes de la police ».

Le fait d’être soupçonné d’avoir participé à une « manifestation illégale » (en vertu d’un règlement municipal dont la constitutionnalité est contestée) constitue-t-il en soi un motif raisonnable de détenir sans mandat et sans accusations une fanfare et quelques personnes qui ont eu la mauvaise idée de la suivre? Pendant que la question (rhétorique) flotte dans l’air, une co-détenue « aux fins d’enquête » a la présence d’esprit de chercher à identifier les policiers qui nous empêchent de circuler.

Bon joueur, Robocop identifie les agents un à un, récitant leur numéros de matricule comme une formule gagnante de loto : 6219, 5030, 5618, 3891, 5854, 6454, 6417, 5886, 6373, 5989, 6251, 5993. Voulez-vous un petit extra avec ça? D’autres policiers arrivent, munis d’armes intermédiaires d’impact à projectile. Ils ne s’identifient pas. Ils se contentent de surveiller l’opération «d’enquête» qui consiste à noter nos noms et nos dates de naissance dans un calepin.

La police ayant fait son fier travail de répression et son édifiant ouvrage de profilage politique au service des intérêts immédiats d’un capitalisme en crise qui consume notre planète et qui consomme nos vies, nous somme « libres » : libres de nous soumettre à un système où la loi et l’ordre ont raison de la liberté et de la justice.

Après nous avoir empêché de circuler, voilà qu’on nous force à quitter les lieux!

C’est ainsi que fonctionne notre austère démocratie (néo)libérale : la légalité liberticide est avalisée par les trois pouvoirs et traitée comme un fait divers par le quatrième. Il ne nous reste donc que le cinquième pouvoir à prendre et à exercer!

*

Pour d’autres perspectives sur le 1er mai anticapitaliste et sa répression aveugle :

Moïse Marcoux-Chabot, Répression policière à Montréal, 1er mai 2014.

MAIS, l’émission, édition spéciale sur le 1er mai anticapitaliste de la CLAC :

MAIS, l’émission, entrevue avec Francis Dupuis-Déri sur la répression politique contre les mouvements anticapitalistes et anarchistes, partie 1  :

et partie 2 :

creadores

Vichama teatro: flor del desierto

“No olvides que son las raíces las que hacen nacer las flores”, dice el personaje de Urpy a su hermana, Suyay, en el primer dialogo de Aguas Profundas.

Es cierto, para crecer en el desierto, las flores necesitan raíces que entren profundamente en la tierra. Es así como desde hace 30 años, Vichama Teatro y su labor se enraíza en la comunidad de Villa El Salvador.

Villa El Salvador, pueblo luchador

La comunidad que hoy es una ciudad con cerca de 400 000 habitantes en la periferie de Lima, Perú, nació de uno de los movimientos de población más importantes del Perú al principio de los años 1970, durante la dictadura militar dirigida por Juan Velasco Alvarado. El 11 de Abril 1971, unas 200 familias tomaron tierras desérticas en Pamplona. A pesar de las violentas expulsiones por la policía, más y más familias llegaron a tomar las tierras. En el año 1973, la población  había llegado a más de 100 000 habitantes.

“No había agua, no había luz, todo era un desierto,” recuerda Adelina Salazar, conocida por todos en Vichama como la Señora Adela, recordando su llegada a Villa El Salvador en el año 1972. Frente a las necesidades de los pobladores del Pueblo Joven que era Villa El Salvador se formo la Comunidad Urbana Autogestionaria de Villa El Salvador (CUAVES), una estructura de gestión colectiva y una forma de articulación y de afirmación del poder popular, bajo el lema: “Porque no tenemos nada, lo haremos todo”.

El diseño urbano original de Villa El Salvador fue pensado por el arquitecto Miguel Romero, del ministerio de Vivienda, con el apoyo del gobierno revolucionario de las fuerzas armadas de Velasco. La segunda mitad de los años 1970 fue marcada por la complejización de la organización vecinal en Villa El Salvador y por un cambio ideológico en la dirección de la dictadura militar después del golpe de estado de 1975. El gobierno de Francisco Morales Bermúdez se alejo progresivamente de las políticas socialistas de Velasco hasta que, en el 1980, volvió al poder Fernando Belaunde Terry, quien había sido presidente de la Republica antes del golpe de estado de Velasco de 1968.

Con las elecciones empezó el retorno a la democracia del país pero también se inicio la insurrección de la guerrilla maoísta de Sendero Luminoso, dirigida por Abimael Guzmán, quien era profesor de filosofía en la Universidad de Ayacucho. Nadie sabia hasta que punto la historia del Perú en general y de Villa El Salvador en particular iba a ser marcada por las consecuencias destructivas de ese conflicto fratricida.

El teatro como memoria colectiva

Vichama fue creado el 20 de Junio de 1983 como parte del Taller de Teatro del Centro de Comunicación Popular, en el contexto de la difícil transición política entre la estructura comunal autónoma de la CUAVES y la estructura estatal de la Municipalidad distrital de Villa El Salvador.

Un proceso de investigación y de creación teatral colectiva, dirigido por César Escuza Norero, dio luz a una seria de obras sobre la historia política y social de Villa El Salvador. Dialogo entre Zorros, presentada por primera vez en el 1985, cuenta la historia de la comunidad desde la fundación de Villa El Salvador.

Esta obra – que sigue siendo presentada después de 30 años – ha “contribuido a abrir un proceso de reflexión sobre lo que es Villa El Salvador desde la memoria y el teatro”, explica Cesar Escuza Norero.

Este trabajo de construcción de una memoria teatral comunitaria continuo durante la guerra interna en los años 1980 y 2000. Las obras Carnaval por la vida (1987), Lirio de la esperanza (1996) y Memoria para los ausentes (2001), entre otras obras de esta época, son testimonios de las heridas abiertas del Perú y de Villa El Salvador durante 20 años de violencia política : desde el asesinato por el Sendero Luminoso de Maria Elena Moyano, una luchadora social, dirigente vecinal y feminista en Villa El Salvador, hasta los 70 000 muertos y desaparecidos en todo el país, victimas de la guerra entre el estado y Sendero Luminoso, antes y durante la dictadura dirigida por Alberto Fujimori.

Las producciones teatrales de Vichama son reconocidas tanto por su calidad estética como por su radicalidad política, y siempre fueron creadas en dialogo con la comunidad y su historia. En este sentido, afirma el ex director artístico teatral y teórico de teatro Carlos Vargas Salgado, “Vichama ha sido no solamente una escuela para los actores dentro de Villa El Salvador, sino ha sido también una escuela de peruanidad para los teatristas peruanos”.

Interculturalidad del arte

“Vichama es una fuente de vida que sale del desierto”, dice Michel Rondeau, animador espiritual y pedagogo Quebequense, quien fue testigo en el año 1992-1993 de la acción artística-cultural del Taller de Teatro del Centro de Comunicación Popular y de la construcción de la casa de teatro, donde se instalo el grupo y momento en el cual asume el nombre de Vichama.

De regreso a Canadá, Michel Rondeau formó, un grupo de jóvenes en Montreal, Quebec, en 1998, y organizo un intercambio intercultural artístico con Vichama en Villa El Salvador. Este intercambio fue el inicio de una relación de encuentros interculturales que sigue desarrollándose hasta la actualidad, cumpliendo 15 años de intercambio en 2013, a la cual se han sumado otras iniciativas del mundo.

“Nos interesa mucho el intercambio y formarnos también en este cruce de fronteras con América latina y otros espacios alternativos del mundo”, explica César Escuza Norero.

A partir del principio de los años 2000, Vichama intensifica el desarrollo de una red de relaciones internacionales e interculturales. La obra Memoria para los ausentes, que culmina su proceso creativo en Montreal en 2001 a ensamblarse con Vichama Collectif, una experiencia que se gesta producto de los intercambios iniciados en 1998, fue presentada en el marco de intercambios en Canadá en el 2001 y 2005, en el Foro Social Mundial 2005 en Porto Alegre, Brasil y en el Congreso Mundial de IDEA en Hong Kong, Taiwán y Corea en 2007.

“Es un nivel que cuidamos mucho, el intercambio y la formación de redes,” dice César Escuza Norero.

En el 2009, Vichama fue parte del montaje y de la presentación del Quijote Latinoamericano, en São Paulo, Brasil, durante el Encuentro que marco la creación de la Red Latinoamericana de Teatro en Comunidad.

La obra Aguas profundas fue creada a través de un proceso intercultural de intercambio artístico durante el Congreso Mundial de IDEA 2010 en Belem, Brasil. Esta obra fue presentada en el marco del Festival d’Art Social 2011 de Santa-Coloma de Gramenet, España, y ahora en el 5º Encontro Comunitario de Teatro Jovem da Cidade de São Paulo en Setiembre 2013.

Cultura y transformación social

La participación activa de Vichama en las redes internacionales de arte social, de teatro en comunidad, de arte educación y en el movimiento de cultura viva comunitaria siempre se hace con la preocupación de volver a la comunidad de Villa El Salvador con herramientas y lenguajes de transformación social emancipadora.

El encuentro Creadores Creando Comunidad, organizado en Junio de 2013 en el marco de la celebración del 30 aniversario de Vichama, ha sido una oportunidad para compartir con la comunidad la experiencia de grupos de todas partes del Perú y de América latina.

“Ver al publico en la sala, ver la capacidad de convocatoria” de Vichama durante el I Festival Internacional de Teatro en Comunidad “ha sido maravilloso”, dice Monica Rojas de la Corporación Cultural Nuestra Gente de Medellín, Colombia. Ella se queda impresionada por la “calidad” del trabajo de Vichama en la casa de teatro y por “el proceso que hace en la comunidad”.

Por ejemplo, el espacio de laboratorio pedagógico ha permitido compartir directamente con la comunidad de Villa El Salvador las experiencias artísticas, comunitarias y pedagógicas de Pombas Urbanas (São Paulo, Brasil) de Transformance (Cabello Seco, Brasil) de Nuestra Gente (Medellín, Colombia) y Los Ultimos (España), explorando varias formas de educación y de acción política a través del arte. Sin haber sido planificada con este objetivo la puesta en común de esos procesos resultó en la formación de una red de arte educadores en Villa El Salvador.

Marlene Negreiros Terrones, docente en la Institución educativa 6076 Villa El Salvador, explica que para ella y sus colegas, el laboratorio era una oportunidad para “reforzar algunas estrategias y técnicas para poder mejorar nuestro apoyo a nuestros niños” con el arte, en general, y con el teatro en particular. “Eso es muy importante para el desarrollo de nuestros niños.”

Tanto al nivel comunitario como al nivel internacional Vichama se especializa en la creación de espacios de dialogo intercultural a través del arte, para desarrollar procesos artísticos y pedagógicos de transformación social emancipadora desde la comunidad.

La cultura viva comunitaria que se construye en esos espacios nace y se desarrolla desde las raíces y no crece hacia arriba, sino hacia abajo.

Conectando sus raíces profundas con otras raíces, Vichama se va uniendo a redes de solidaridad humana que pueden resistir a las sequías y florecer con rebelde alegría aún en los desiertos mas áridos del mundo.

*Durante el 5 encuentro comunitario de teatro joven, el Instituto Pombas Urbanas ha presentado un homenaje a Vichama teatro por su 30 aniversario.

Modèle GIEC

Le monde et les temps changent

On connaît la chanson. La planète se réchauffe. Le niveau de la mer monte. La glace fond. Au temps où Bob Dylan chantait The Times They Are-A Changing (reprise en français par Hugues Aufray en 1965), des scientifiques s’affairaient déjà à développer des outils pour comprendre comment le monde allait changer. Un demi-siècle plus tard, les projections des climatologues nous le confirment : le monde et les temps changent.

Une science sans laboratoire

Directeur des études de 2e cycle en Sciences de l’atmosphère à l’Université du Québec à Montréal et fondateur du Centre étude et simulation du climat à l’échelle régionale, René Laprise étudie le climat depuis longtemps. Il tire de sa bibliothèque l’un des premiers rapports sur les modèles régionaux de climat qu’il a produit avec son équipe en 1994. «À l’époque, se souvient-il amusé, les gens l’avaient interprété n’importe comment».

René Laprise, Directeur des programmes d’études en sciences de l’atmosphère au Département des sciences de la Terre et de l’Atmosphère de l’Université du Québec à Montréal

Le chercheur a été l’un des auteurs principaux du 4e rapport d’évaluation du GIEC, le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat, paru en 2007. Il est l’un des évaluateurs pour le 5e rapport, à paraître en 2014, dont le premier rapport de travail a été rendu public à la fin septembre .

«C’est clair que c’est une sommité dans le domaine», assure Martin Deshaies-Jacques, physicien et mathématicien; en tant qu’étudiant au doctorat en Sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQÀM, il est bien placé pour le savoir.

Il y a plusieurs années, Dominique Paquin travaillait avec l’équipe du professeur Laprise. Aujourd’hui, elle est spécialiste en simulation climatique chez Ouranos, un organisme fondé en 2001, voué à acquérir et à développer les connaissances sur les changements climatiques et leurs impacts.

Dominique Paquin, Spécialiste – Simulations climatiques chez Ouranos

Les modèles sur lesquels elle travaille visent à «étudier les changements climatiques et la conséquence de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère». Personne, dans ce petit monde de la physique de l’atmosphère, ne travaille en laboratoire.

«Dans beaucoup de sciences, convient le professeur Laprise, on fait des expériences en laboratoire». En climatologie, c’est impossible. La seule option pour expérimenter sur le climat reste la modélisation informatique. «On ne fait pas ça parce qu’on aime ça, on fait ça parce qu’il n’y a pas d’autre façon de procéder».

Pour décrire ce qu’est la modélisation, le terme simulation serait plus approprié. Un simulateur de vol simule le fonctionnement d’un avion. Un modèle de climat fait la même chose : «il simule par ordinateur le fonctionnement d’un système physique», explique le chercheur.

En l’absence d’un laboratoire réel dans lequel étudier le climat, le modèle fait office de laboratoire virtuel.

En bonne spécialiste, Dominique Paquin y va d’une définition plus technique. Le modèle «est une représentation numérique de tout le système climatique». Un programme d’ordinateur simule les échanges de matière et d’énergie entre l’atmosphère, l’océan et la surface terrestre. Il est programmé pour calculer et résoudre à intervalles réguliers un ensemble d’équations de physique élémentaire.

Élémentaire, mon cher Watson!
Les équations de Navier-Stockes permettent à l’ordinateur de simuler les mouvements des masses d’air et d’eau qui caractérisent le système climatique : circulation des vents, courants marins, variation de la pression et de la température.
«Les concepts physiques de base sont élémentaires, mais je ne suis pas sûr que les équations le soient!», lance Martin Deshaies-Jacques.
Les lois sur l’état des gaz décrivent le comportement des gaz à effet de serre (GES) et autres aérosols dans l’atmosphère.
Le principe de conservation de la masse se résume à la Loi de Lavoisier : «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme».
Le principe de conservation de la quantité de mouvement est équivalent au principe d’inertie de Newton : «Tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement (…) dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d’état».

 

Des interactions complexes à simuler

Dans le système, reprend Dominique Paquin, «tout interagit avec tout, ce qui en fait la grande complexité».

L’atmosphère interagit avec les océans; les océans avec la terre, la terre avec l’atmosphère. La biosphère interagit avec le climat par le biais de divers processus biogéochimiques. Les activités humaines, en particulier l’agriculture, le transport et la production énergétique, ont l’effet direct d’émettre des GES dans l’atmosphère.

L’interaction entre les différentes composantes d’un modèle est appelée couplage :

Introduction aux modèles climatiques Modèle GIEC Source : GIEC (1997), Introduction aux modèles climatiques simples employés dans le deuxième Rapport d’évaluation du GIEC.

Tout commence dans l’atmosphère où se joue l’effet de serre, celui «qu’on veut étudier dans le cadre d’un changement climatique», signale René Laprise. Sans l’effet de serre naturel, la température à la surface de la terre, qui est de 17°C en moyenne, serait plutôt de -17°C.

Le changement climatique en cours résultera en une hausse de 3,5 à 7 degrés Celsius de cette température moyenne, causée par l’augmentation des concentrations de GES dans l’atmosphère.

«L’atmosphère et l’océan, poursuit le professeur, ont des courants qui transportent la chaleur, ainsi que le sel pour la mer et l’humidité pour l’atmosphère». Facteurs essentiels des dynamiques climatiques, l’atmosphère et l’océan font circuler la chaleur tout autour du globe. Par opposition, «les surfaces terrestres sont plus statiques, mais les phénomènes comme l’hydrologie, le drainage et le ruissellement, sont la branche qui relie terre et mer à la surface». Toutes ces relations au sein du système sont représentées dans le modèle climatique.

Mais quel chaos!

Le principe de l’effet papillon veut que le battement d’ailes d’un papillon puisse déclencher (ou empêcher) une tornade. Cette idée étrange est une métaphore qui illustre la nature chaotique du système climatique. Par exemple, le climat peut basculer rapidement et de manière imprévisible d’un état chaud à un état froid : L’étrange papillon de Lorenz Papillon Lrenz Source : Martin Beniston, L’effet papillon et le climat, www.climats.ch

«Quand on parle de climat, commente Martin Deshaies-Jacques, on parle de régimes d’équilibre dynamique à l’intérieur du chaos».

Un modèle cherche à reproduire les différents régimes d’équilibre qui caractérisent le système : cycles des saisons, courants aériens et océaniques. «Ce que les modèles climatiques veulent capter, ce sont ces régimes, qu’ils veulent arriver à caractériser, pour voir comment cette description générale va changer».

«On utilise le chaos, on profite de la nature chaotique du système», affirme René Laprise. On tire avantage du fait que le système «a une mémoire sélective et limitée dans le temps».

Les climatologues ont vérifié «la perte de mémoire, l’effet Alzheimer du système climatique : si on regarde la partie superficielle de l’océan et la surface des continents, au bout de cinq ans, on a complètement oublié d’où on vient». Le modèle n’a donc pas besoin des conditions initiales exactes pour réaliser une simulation.

«Tout ce dont un modèle a besoin pour fonctionner, confirme Dominique Paquin, c’est de la représentation réelle de la terre».

Pour initialiser le modèle, il faut entrer dans l’ordinateur de l’information tirée de bases de données nationales ou internationales : rayonnement solaire, concentrations de gaz à effet de serre, topographie, type de sol, type de végétation.

«On va lancer plusieurs simulations avec des conditions initiales réalistes, explique Martin Deshaies-Jacques. Il y a tout un appareillage pour déterminer les conditions initiales». Ce sont les méthodes d’initialisation d’ensemble.

Une fois la simulation lancée, le système tend naturellement vers l’équilibre : «C’est une question de conservation de l’énergie, rappelle le physicien. Ce qu’on veut faire avec un modèle, c’est de bien caractériser la nature de ce nouvel équilibre». Lorsque le modèle est initialisé et que le système est parvenu à l’équilibre, reprend Dominique Paquin, l’ordinateur va produire une projection de «plusieurs centaines de variables, toutes cohérentes entre elles».

Pour chaque point du globe représenté dans le modèle, on obtient un ensemble de caractéristiques climatiques très précises à différents moments dans le temps : température, humidité, vitesse et direction des vents, précipitations, quantité d’eau dans le sol, pression atmosphérique.

Le modèle climatique, bientôt en haute définition?

Le principe de la modélisation numérique est relativement simple. Si on bâtit un échafaudage autour du globe, comportant de 50 à 100 niveaux verticaux et couvrant en superficie 300 points de latitude (est-ouest) par 300 points de longitude (nord-sud), on obtient quelque chose comme ceci :

Une planète numérique, virtuelle, créée par ordinateurModèle Source : ClimatObs.fr, Les modèles climatiques

L’illustration représente notre planète subdivisée en cases (ou mailles) à l’intérieur desquelles l’ordinateur simule les mouvements du climat. Cette cartographie informatique du système climatique mondial permet d’étudier son évolution dans l’espace et le temps.

«On peut distribuer les mailles à la grandeur du globe ou les mettre sur un domaine régional», précise René Laprise.

À l’échelle de l’Amérique du Nord, cela représente une maille d’environ 40 km, comparativement à une maille de 400 km à l’échelle du globe.

Il existait en 2011 une cinquantaine de modèles de climat. Environ la moitié des modèles représente le globe en entier, l’autre moitié des régions plus restreintes.

«L’intérêt d’avoir plusieurs modèles, c’est simplement de combler une partie de l’incertitude, indique Dominique Paquin. La meilleure réponse qu’on puisse avoir, c’est toujours de prendre le plus de modèles possibles et d’extraire l’information de tous les modèles, puis de faire une espèce de moyenne». C’est la technique des grands ensembles.

La modélisation régionale est «une technique relativement récente», souligne le professeur Laprise. Il y a vingt ans, le chercheur et son équipe étaient «parmi les premiers groupes à utiliser cette méthode».

On en comprend vite l’intérêt : avec une résolution dix fois plus élevée qu’un modèle mondial, un modèle régional «donne plus de détails et, on l’espère, de meilleurs résultats».

«Il y a une infinité de méthodes, autant qu’il y a de chercheurs, ajoute le professeur. Elles ont toutes des avantages et des inconvénients : plus elles sont précises, plus elles sont chères à calculer».

Même les ordinateurs les plus puissants ont une capacité limitée pour résoudre des milliers d’équations à toutes les cinq ou vingt minutes, selon les modèles. «Alors, c’est un compromis entre le coût et la précision de calcul».

Comme les systèmes informatiques qui les supportent, «les modèles sont en constante évolution, reprend Dominique Paquin. Les gens sont toujours en train de les améliorer, de trouver des paramétrages plus performants».

Le paramétrage, précise Martin Deshaies-Jacques, consiste à développer «des petits modèles, imbriqués dans le modèle, qui vont représenter les processus sous la maille. Des phénomènes plus petits ou à des échelles de temps différentes», comme la formation d’un nuage ou d’une goutte de pluie. Or, le paramétrage est loin d’être simple : «Il y a parfois plusieurs doctorats derrière une paramétrisation!».

Scénarios de changements climatiques

«On peut utiliser les modèles en deux modes, indique René Laprise : le mode rétrospectif, c’est regarder le passé; le mode prospectif, c’est regarder vers le futur. Ce qui nous intéresse, c’est le mode prospectif. Souvent, c’est le prochain siècle qui nous intéresse le plus».

À l’aide des modèles, on peut faire des projections de changements climatiques, selon les différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, élaborés par le GIEC : Changements climatiques et impacts projetés ScénariosSource : GIEC (2007), Élaboration de nouveaux scénarios destinés à analyser les émissions, les changements climatiques, les incidences et les stratégies de parade.

Diverses simulations réalisées pour l’Amérique du Nord permettent d’envisager quelques-uns des impacts potentiels des changements climatiques dans les prochaines décennies.

«Les précipitations vont avoir un impact majeur, commente le professeur Laprise. Elles augmentent à certains endroits, elles diminuent à d’autres. Malheureusement, elles ont tendance à diminuer dans des régions déjà désertiques, comme le sud-ouest américain, où l’eau manque déjà. Au Canada, plus on va vers le nord, plus les précipitations augmentent; aux États-Unis, plus on va vers le sud, plus elles diminuent».

Ces changements dans les niveaux de précipitations auront notamment «des effets sur la végétation et sur les pratiques agricoles»

«Il y a beaucoup d’érosion le long du fleuve Saint-Laurent, de plus en plus à chaque année». Dans l’Est-du-Québec, des propriétaires riverains perdent littéralement du terrain. Les dommages à la route 132 se multiplient.

«Pour le siècle à venir, ce qui est plus important, poursuit le chercheur, c’est la fonte des glaces dans l’Arctique, qui aura un impact direct non négligeable sur les océans».

Or, souligne Dominique Paquin, «la réponse de l’océan est plus lente que celle de l’atmosphère». On observe en effet que les dynamiques de l’océan profond évoluent sur des centaines d’années de plus que celles de l’atmosphère.

«Le changement dans les extrêmes, termine le professeur Laprise, est un domaine de recherche intensif». À ce jour, complète Dominique Paquin, «les modèles ont tendance à être assez conservateurs. C’est exactement ce qu’on a vu avec la fonte de la glace dans l’Arctique, où tous les modèles montrent une fonte de la glace beaucoup plus lente que ce qu’on observe en réalité».

De l’information scientifique aux choix de société

Ces projections reposent sur des bases scientifiques sérieuses.

«Personne ne pense que le climat va arrêter de varier dans la prochaine décennie… à moins de vivre dans un autre monde», soupire le professeur Laprise. Le rôle de la science se limite à établir ce qui pourrait arriver «si on ne réduit pas les émissions de GES». Ce n’est pas aux scientifiques «de dire aux gouvernements ce qu’ils devraient faire». Leur travail, c’est de «donner l’information scientifique et d’augmenter la marge de confiance de leurs résultats». Il s’agit d’être «pertinent pour la prise de décision, pas prescriptif en suggérant une décision».

La modélisation climatique, conclut le physicien, nous offre néanmoins le «potentiel de savoir ce qui s’en vient pour faire les bons choix de société. Il y a des choix à faire qui ont des aspects nettement politiques, des aspects économiques, des aspects sociaux».
Ici, ce n’est plus le scientifique qui parle, mais le citoyen : «Il faut maintenant bâtir l’avenir. On doit tenir compte du fait que les changements climatiques sont aujourd’hui inévitables et tenter d’en réduire les impacts».

Du journalisme hyperlocal contre le «projet global»

Une épopée se déroule à la base. Tâtonnant pour se libérer du «projet global» qu’on veut leur imposer, des mouvements sociaux font oeuvre de pionniers. Pour dépasser prémisses et promesse de la modernité, des hommes et des femmes ordinaires réinventent des cadre intellectuels et institutionnels, voire en inventent de nouveaux, en évitant les pièges des conflits de pouvoir. Ils apprennent les uns des autres comment questionner la nature et les fondements mêmes du pouvoir moderne, à la fois dans ses substrats intellectuels et dans ses appareils. Prenant explicitement leurs distances vis-à-vis des idéologies dominantes, ces mouvements et ces initiatives de la base n’ont pas encore de nom pour leurs diverses actions. Aucun discours existant de domination ou de dissension n’arrive à appréhender le contenu et la portée de l’ensemble des efforts divers qui tentent de résister au “projet golbal” et à s’en libérer.

Post-modernisme des gens de la base, Revue INTERculture n° 131

C’est sur cette citation que s’ouvre la deuxième édition de MAIS, l’émission en immersion dans l’univers de Vichama teatro, dont le fichier est arrivé 5 minutes trop tard pour entrer en ondes jeudi midi à CISM. Ça m’apprendra que, bien que l’Internet me permette de communiquer en temps réel avec les quatre coins du monde, il me faut quand même prévoir le temps pour transférer mon fichier d’émission de Villa El Salvador jusqu’à Montréal.

C’est dommage, parce que j’avais notamment réalisé une entrevue avec mon collègue Nicolas Falcimaigne, du journal Ensemble, qui se trouvait cette semaine à Kujuuaq dans le cadre de la tournée de consultation sur le journalisme indépendant réalisée en vue des États généraux du journalisme indépendant. J’y reviendrai certainement à mon retour au Québec.

Plus près du sujet principal de mon reportage en cours, soit le 30e anniversaire de Vichama teatro, voici un extrait de l’émission à venir la semaine prochaine :

On entendra aussi un entretien que j’ai réalisé avec des enfants communicateurs et communicatrices de Vichama, un groupe de jeunes qui travaille à la défense des droits des enfants par la promotion du «buen trato», un concept qui pourrait se traduire par le néologisme «bonne traitance» qui exprime l’idée contraire de la maltraitance.

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Un processus en développement

Voilà maintenant près de deux semaines que s’est entamée cette aventure de journalisme en développement. À l’approche de la semaine du 30e anniversaire de Vichama, les choses se bousculent un peu. Mes objectifs et ma démarche évoluent également pour s’adapter à la réalité du terrain.

Voici déjà quelques images pour vous donner une idée de ce à quoi peut ressembler le terrain en question :

 

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Villa El Salvador, a set on Flickr.

Ce sont des vues prises depuis le toit du théâtre, car je n’ai jusqu’ici pas eu l’occasion de sortir prendre des images à l’extérieur. On m’a déconseillé de me balader avec mon équipement dans les rues de Villa, où une caméra professionnelle (dans les mains du gringo que je suis) ne passerait pas inaperçue. En début de semaine, je devrais me rendre dans un collège pour interviewer un professeur qui participera avec ses élèves aux célébrations du 30e anniversaire de Vichama. Ce sera l’occasion de filmer un peu hors les murs du théâtre.

Défis du journalisme communautaire et interculturel

Il n’est pas évident pour le journaliste communautaire que je suis de trouver ma place au sein de cette communauté à laquelle j’appartiens, de loin, depuis des années. En réalité, je n’ai été ici que durant trois semaines en 2005. Ce n’est pas une mince affaire de débarquer, huit ans plus tard, avec tout mon équipement de production multimédia à la veille d’un événement d’envergure internationale.

Mon principal défi est de trouver une façon de raconter sans complaisance cette histoire dans laquelle je suis impliqué personnellement. Il me semble un peu difficile de concilier mon implication, en tant que documentariste, à l’expérience de célébration des 30 ans de Vichama avec la distance critique qu’exige la démarche journalistique. Le point de vue que je suis en mesure de proposer est définitivement un regard de l’intérieur, celui de la communauté sur elle-même en quelque sorte :

Étant hébergé au théâtre, je suis le témoin privilégié de ce qui se passe dans les coulisses de l’organisation du festival et, plus largement, de la vie collective de Vichama. La confiance et l’ouverture dont on me témoigne en me laissant le champ libre pour faire ce travail de reportage-documentaire m’engage à faire preuve d’une grande prudence et d’une certaine pudeur dans le traitement des images et des informations auxquelles j’ai accès.

Enfin, le caractère interculturel de l’expérience me pose également un double défi. D’une part, celui de travailler dans une langue étrangère, que je comprends mieux que je ne la parle. D’autre part, celui de raconter cette histoire à un auditoire qui en est culturellement éloigné. Je pense en particulier à celui de CISM à Montréal, car MAIS, l’émission est en quelque sorte le laboratoire dans lequel j’essaierai petit à petit d’élaborer une technique d’intercultural storytelling (un concept difficilement traduisible en français) pour mon projet documentaire en développement.

La cultura solidaria, viva!

“Las relaciones de dependencia, desde el espacio international hasta los espacios locales, y desde el ambito tecnologico hasta el ambito cultural, generan desarrollo y refuerzan procesos de dominacion que frustran la satisfaction de las necesidades humanas. Es mediante la generacion de autodependencia, a traves del protagonismo real de las personas en los distintos espacios y ambitos, que pueden impulsarse procesos de desarrollo con efectos sinergicos en la satisfaccion de dichas necesidades.”

« Desarrollo a Escala Humana – una opción para el futuro » (« Développement à l’échelle humaine – une option pour le futur », paru dans la revue Development dialogue en 1986)

La diffusion sur les ondes de CISM 89,3 FM Montréal d’une édition de MAIS, l’émission entièrement produite et réalisée à Villa El Salvador au Pérou est la première étape d’une expérience de journalisme en développement. Ce reportage indépendant débute par une entrevue avec Cesar Escuza Norero, directeur et fondateur de Vichama Teatro, dont le propos suivant situe bien le cadre d’analyse politique qui guide l’action culturelle et sociale du groupe depuis bientôt trente ans :

«Les marchés génèrent des produits; les communautés produisent de la culture.»

La Casa de teatro est située en face du stade municipal, en plein coeur de Villa El Salvador, une municipalité située dans le «cône sud» de la région métropolitaine de Lima.

Afficher VICHAMA TEATRO sur une carte plus grande

C’est un grand bâtiment de brique et de ciment qui s’ouvre sur la rue Los Alamos (asphaltée il n’y a que quelques années et déjà trouée de nids poules qui déclassent ceux de Montréal) par une grande porte métallique dans la facade recouverte d’une murale colorée :

_DSC0129 by Simon Van Vliet

Arrachée au désert il y a 42 ans, Villa El Salvador est aujourd’hui une ville de près d’un demi-million d’habitants qui se développe tant bien que mal, tiraillée entre la culture de lutte populaire autonome qui lui a donné naissance et l’émergence d’une culture populaire consumériste qui va de pair avec la mondialisation capitaliste à laquelle aucune communauté dans le monde ne semble échapper.

Vichama teatro est un fort de résistance à cette culture marchande, un berceau de culture solidaire qui fêtera dans quelques jours ses trente ans d’existence. Pour célébrer l’événement, Vichama organise le FESTIVAL INTERNACIONAL DE TEATRO EN COMUNIDAD – CREADORES CREANDO COMUNIDAD qui se tiendra à Villa El Salvador du 16 au 23 juin.

Voici déjà quelques quelques photos, question de vous mettre dans l’ambiance. Elle ont été prises le 29 mai à l’occasion d’une présentation du spectacle jeune public, La Gaillina y el Maicito : une fable sur le travail et l’alimentation, dont la morale n’est pas sans rappeler celle de La cigale et la fourmi de Lafontaine.

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Vichama Teatro, a set on Flickr.

Développement sauvage

La semaine dernière, le développement urbain a frappé sans prévenir au coin des rues Beaubien et Saint-Urbain. Il se trouvait là un terrain laissé en friche depuis des années par le Canadien Pacifique qui était devenu, par la seule force de la nature, une petite jungle urbaine.

Plusieurs voyaient déjà dans cet îlot de verdure anarchique un parc public en devenir, tel que prévu dans le Plan de développement urbain, économique et social (PDUES) des secteurs Marconi-Alexandra, Atlantic, Beaumont et De Castelnau, actuellement à l’étude à la Ville de Montréal.

La compagnie Olymbec ayant racheté le terrain au CP a plutôt entrepris, sans obtenir les permis nécessaires, un travail de terrassement pour un projet de développement encore nébuleux. Des condos? Des bureaux? Personne ne le sait trop.

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Lundi après-midi, une assemblée publique improvisée a mené à la création d’un comité de vigilence qui vise à mobiliser la communauté autour de la ré-appropriation publique de ce terrain afin d’en faire un usage qui corresponde aux besoins et aux aspirations de la population du quartier plutôt que de le laisser tomber entre les mains des spéculateurs fonciers et des promoteurs immobiliers qui re-dessinent le secteur suivant leurs intérêts.

Se voyant surveillée (notamment par l’arrondissement qui envisage les recours légaux contre Olymbec et par des résidentes et des résidents du quartiers qui ne digèrent pas qu’un promoteur privé court-circuite un processus de planification urbaine en cours depuis près de deux ans), la compagnie a cru bon de masquer son logo d’entreprise sur la pelle mécanique qui trône sur ce qui n’est maintenant plus qu’un terrain vague.

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(À suivre…)

[Pour des mises à jour, lire :]

RueMASSON.com : Parc des Gorilles: les citoyens racontent… et Le parc des Gorilles renaîtra de ses cendres

24h, Un espace vert rasé impunément et Le promoteur immobilier contrecarré

Journal de Rosemont, Le parc des Gorilles à RPP