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L'escouade urbaine me détient «aux fins d'enquête» avec la fanfare au métro Place des Arts.

#MonSPVM, toujours là pour ma fanfare

Le 1er mai 2014, après avoir longuement débattu de notre participation à la manifestation anticapitaliste en tant que « fanfare anarchiste » (alias Ensemble Insurrection Chaotique), suite à l’expérience pour le moins déplaisante de l’année précédente, nous décidons de faire une action artistique en marge de la manifestation organisée par la Convergence de luttes anticapitalistes (CLAC) à Montréal.

Appel de la CLAC pour la manifestation anticapitaliste du 1er mai 201

Afin de minimiser le risque de se retrouver dans une souricière et tous les désagréments que cela implique, nous choisissons de faire une parade militante, un défilé contestataire jusqu’à la Place des Arts.

Célébrons la résistance!

La « fanfare anarchiste » lutte pour une société non-hiérarchique et libre de toute oppression.

Derrière la bannière « Célébration de la résistance dans la rue », nous prenons le trottoir du côté sud de la rue Sainte-Catherine pour y jouer de la musique et y distribuer des tracts de la CLAC en marchant vers l’ouest à partir de la rue Wolfe. Dans un excès de zèle, nous attendons même aux coins de rues que les feux passent au vert avant de traverser!

« Nous cherchons à nous réapproprier les espaces publics, tentons d’apporter plaisir et enthousiasme aux mouvements politiques et célébrons la résistance d’une manière qui reflète la vision du monde dans lequel nous souhaitons vivre. » (L’Ensemble de l’insurrection chaotique, extrait de l’énoncé de mission)

Afin d’éviter de passer devant le quartier général du SPVM, ce qui pourrait être interprété comme une provocation par les « forces de l’ordre » déjà sur un pied d’alerte et dont la tolérance et le bon sens (on le verra plus loin) ne sont pas les principales vertus, nous remontons la rue de Bullion jusqu’au boulevard de Maisonneuve.

En marchant (toujours sur le trottoir), une petite manifestation de quelques dizaines de personnes rattrape  la fanfare au coin de Saint-Dominique.  Afin de ne pas nous retrouver à la tête d’une manifestation spontanée, et en raison d’une position légèrement ambivalente quant la façon d’exprimer notre opposition au règlement P6, nous laissons passer le cortège dans la rue avant de continuer sagement notre route sur le trottoir.

La chasse à la fanfare

Tandis que nous nous engageons sur l’esplanade de la Place des Arts par l’étroit passage entre la nouvelle salle de l’OSM et la salle Wilfrid-Pelletier, nous constatons que la police se déploie à toute vitesse autour de ladite place.

N’ayant aucune envie de finir notre soirée dans une souricière, nous retraitons et nous nous engouffrons rapidement (pour une fanfare) dans le métro Place des Arts.

C’est là qu’un détachement d’une douzaine de policiers de l’Escouade urbaine nous pourchasse pour nous empêcher de quitter les lieux.

Pour la petite histoire, l’escouade urbaine, véritable « police des manifs » selon le Journal de Montréal, est l’héritière du mandat de profilage (trop ouvertement) politique du SPVM qu’assurait le Guet des activités des mouvements marginaux et anarchistes (GAMMA).

Alors que je m’apprête à acheter un billet pour passer le tourniquet, un agent s’interpose devant moi (et ma grosse caisse) et me lâche un laconique : « Ça s’arrête ici. »

Rapidement, ses collègues nous encerclent. Nous voilà, malgré toutes nos précautions et notre zèle piétonnier exemplaire, pris en souricière!

Le classique dialogue de sourd commence entre un joueur de grosse caisse (moi) et un policier habillé en tenue anti-émeute (ci-après nommé « Robocop ») :

– Est-ce qu’on a fait quelque chose d’illégal?

– Vous avez participé à une « manifestation illégale ».

Une femme, prise au piège avec nous, explique à Robocop qu’on a jamais entendu d’avis comme quoi il y avait une manifestation illégale dans les parages.

Quand on a vu tout ce déploiement policier on a cherché à quitter les lieux, exactement comme l’indiquait le communiqué du SPVM de la veille :

« Si vous n’avez pas entendu les premiers avis verbaux ni la sirène de police, et que vous voyez le groupe d’intervention (policiers munis d’un bouclier), quittez les lieux. Cela signifie que la manifestation est devenue illégale et que les policiers s’apprêtent à intervenir. »

Faisant preuve d’une logique parfaitement circulaire, un agent aurait répondu à la brave dame quelque chose comme ceci : « Madame, vous étiez en train de courir, c’est évident que vous saviez que vous aviez fait quelque chose d’illégal. »

Poussant l’ironie à son comble, trois agents vont jusqu’à rattraper un jeune homme sur le quai du métro pour le ramener de force dans la souricière où nous sommes retenus contre notre gré (et contre tout bon sens).

« Détention aux fins d’enquête »

Satisfait de sa rafle, notre Robocop annonce avec magnanimité : « On vous donnera pas de ticket, on va juste prendre votre identité pour vous enquêter. Après vous pourrez partir. »

Nous sommes donc en détention aux fins d’enquête, une pratique d’enquête criminelle qui ne fait l’objet d’aucun encadrement réglementaire ou législatif.

De l’avis de la Cour suprême (pourvoi R. c. Mann, R.C.S. 59, 2004 CSC 52), la détention aux fins d’enquête « soulève des questions fondamentales concernant le droit des citoyens de circuler dans les rues sans être dérangés par l’État, compte tenu toutefois du rôle nécessaire que joue la police dans les enquêtes criminelles » et met en jeu « l’équilibre délicat qui doit être établi pour protéger adéquatement les libertés individuelles et reconnaître comme il se doit des fonctions légitimes de la police ».

Le fait d’être soupçonné d’avoir participé à une « manifestation illégale » (en vertu d’un règlement municipal dont la constitutionnalité est contestée) constitue-t-il en soi un motif raisonnable de détenir sans mandat et sans accusations une fanfare et quelques personnes qui ont eu la mauvaise idée de la suivre? Pendant que la question (rhétorique) flotte dans l’air, une co-détenue « aux fins d’enquête » a la présence d’esprit de chercher à identifier les policiers qui nous empêchent de circuler.

Bon joueur, Robocop identifie les agents un à un, récitant leur numéros de matricule comme une formule gagnante de loto : 6219, 5030, 5618, 3891, 5854, 6454, 6417, 5886, 6373, 5989, 6251, 5993. Voulez-vous un petit extra avec ça? D’autres policiers arrivent, munis d’armes intermédiaires d’impact à projectile. Ils ne s’identifient pas. Ils se contentent de surveiller l’opération «d’enquête» qui consiste à noter nos noms et nos dates de naissance dans un calepin.

La police ayant fait son fier travail de répression et son édifiant ouvrage de profilage politique au service des intérêts immédiats d’un capitalisme en crise qui consume notre planète et qui consomme nos vies, nous somme « libres » : libres de nous soumettre à un système où la loi et l’ordre ont raison de la liberté et de la justice.

Après nous avoir empêché de circuler, voilà qu’on nous force à quitter les lieux!

C’est ainsi que fonctionne notre austère démocratie (néo)libérale : la légalité liberticide est avalisée par les trois pouvoirs et traitée comme un fait divers par le quatrième. Il ne nous reste donc que le cinquième pouvoir à prendre et à exercer!

*

Pour d’autres perspectives sur le 1er mai anticapitaliste et sa répression aveugle :

Moïse Marcoux-Chabot, Répression policière à Montréal, 1er mai 2014.

MAIS, l’émission, édition spéciale sur le 1er mai anticapitaliste de la CLAC :

MAIS, l’émission, entrevue avec Francis Dupuis-Déri sur la répression politique contre les mouvements anticapitalistes et anarchistes, partie 1  :

et partie 2 :

Du journalisme hyperlocal contre le «projet global»

Une épopée se déroule à la base. Tâtonnant pour se libérer du «projet global» qu’on veut leur imposer, des mouvements sociaux font oeuvre de pionniers. Pour dépasser prémisses et promesse de la modernité, des hommes et des femmes ordinaires réinventent des cadre intellectuels et institutionnels, voire en inventent de nouveaux, en évitant les pièges des conflits de pouvoir. Ils apprennent les uns des autres comment questionner la nature et les fondements mêmes du pouvoir moderne, à la fois dans ses substrats intellectuels et dans ses appareils. Prenant explicitement leurs distances vis-à-vis des idéologies dominantes, ces mouvements et ces initiatives de la base n’ont pas encore de nom pour leurs diverses actions. Aucun discours existant de domination ou de dissension n’arrive à appréhender le contenu et la portée de l’ensemble des efforts divers qui tentent de résister au “projet golbal” et à s’en libérer.

Post-modernisme des gens de la base, Revue INTERculture n° 131

C’est sur cette citation que s’ouvre la deuxième édition de MAIS, l’émission en immersion dans l’univers de Vichama teatro, dont le fichier est arrivé 5 minutes trop tard pour entrer en ondes jeudi midi à CISM. Ça m’apprendra que, bien que l’Internet me permette de communiquer en temps réel avec les quatre coins du monde, il me faut quand même prévoir le temps pour transférer mon fichier d’émission de Villa El Salvador jusqu’à Montréal.

C’est dommage, parce que j’avais notamment réalisé une entrevue avec mon collègue Nicolas Falcimaigne, du journal Ensemble, qui se trouvait cette semaine à Kujuuaq dans le cadre de la tournée de consultation sur le journalisme indépendant réalisée en vue des États généraux du journalisme indépendant. J’y reviendrai certainement à mon retour au Québec.

Plus près du sujet principal de mon reportage en cours, soit le 30e anniversaire de Vichama teatro, voici un extrait de l’émission à venir la semaine prochaine :

On entendra aussi un entretien que j’ai réalisé avec des enfants communicateurs et communicatrices de Vichama, un groupe de jeunes qui travaille à la défense des droits des enfants par la promotion du «buen trato», un concept qui pourrait se traduire par le néologisme «bonne traitance» qui exprime l’idée contraire de la maltraitance.

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Un processus en développement

Voilà maintenant près de deux semaines que s’est entamée cette aventure de journalisme en développement. À l’approche de la semaine du 30e anniversaire de Vichama, les choses se bousculent un peu. Mes objectifs et ma démarche évoluent également pour s’adapter à la réalité du terrain.

Voici déjà quelques images pour vous donner une idée de ce à quoi peut ressembler le terrain en question :

 

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Villa El Salvador, a set on Flickr.

Ce sont des vues prises depuis le toit du théâtre, car je n’ai jusqu’ici pas eu l’occasion de sortir prendre des images à l’extérieur. On m’a déconseillé de me balader avec mon équipement dans les rues de Villa, où une caméra professionnelle (dans les mains du gringo que je suis) ne passerait pas inaperçue. En début de semaine, je devrais me rendre dans un collège pour interviewer un professeur qui participera avec ses élèves aux célébrations du 30e anniversaire de Vichama. Ce sera l’occasion de filmer un peu hors les murs du théâtre.

Défis du journalisme communautaire et interculturel

Il n’est pas évident pour le journaliste communautaire que je suis de trouver ma place au sein de cette communauté à laquelle j’appartiens, de loin, depuis des années. En réalité, je n’ai été ici que durant trois semaines en 2005. Ce n’est pas une mince affaire de débarquer, huit ans plus tard, avec tout mon équipement de production multimédia à la veille d’un événement d’envergure internationale.

Mon principal défi est de trouver une façon de raconter sans complaisance cette histoire dans laquelle je suis impliqué personnellement. Il me semble un peu difficile de concilier mon implication, en tant que documentariste, à l’expérience de célébration des 30 ans de Vichama avec la distance critique qu’exige la démarche journalistique. Le point de vue que je suis en mesure de proposer est définitivement un regard de l’intérieur, celui de la communauté sur elle-même en quelque sorte :

Étant hébergé au théâtre, je suis le témoin privilégié de ce qui se passe dans les coulisses de l’organisation du festival et, plus largement, de la vie collective de Vichama. La confiance et l’ouverture dont on me témoigne en me laissant le champ libre pour faire ce travail de reportage-documentaire m’engage à faire preuve d’une grande prudence et d’une certaine pudeur dans le traitement des images et des informations auxquelles j’ai accès.

Enfin, le caractère interculturel de l’expérience me pose également un double défi. D’une part, celui de travailler dans une langue étrangère, que je comprends mieux que je ne la parle. D’autre part, celui de raconter cette histoire à un auditoire qui en est culturellement éloigné. Je pense en particulier à celui de CISM à Montréal, car MAIS, l’émission est en quelque sorte le laboratoire dans lequel j’essaierai petit à petit d’élaborer une technique d’intercultural storytelling (un concept difficilement traduisible en français) pour mon projet documentaire en développement.